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07/12/2016

Histoire mondiale de la guerre économique de Ali Laïd

Fillon, les "races", les "Musulmans", "le

Homo « cupiditus » à travers les âges

Le doux commerce selon la formule attribuée à Montesquieu, le soft power dont on parle maintenant sont une légende à la lecture de ce récit historique de la conquête sans fin des richesses, donc du pouvoir, de la puissance, de la domination, depuis la fin du paléolithique. L’espionnage, les trahisons, les guerres, la corruption, tous les moyens sont bons en tous lieux, à toute heure dès lors qu’un profit est en jeu. Le discours arguant d’une nécessité d’apporter les bienfaits de la civilisation à des peuples barbares n’était qu’un voile pour masquer les exactions allant jusqu’à des pratiques génocidaires des plus puissants sur les autres pour s’en approprier les territoires, les savoirs comme les ressources, pour réduire leurs peuples en esclavage.
Plus on avance vers la période contemporaine plus la menace devient inquiétante. Depuis la fin de la guerre froide se déploient à grande échelle derrière la mondialisation des systèmes d’intelligence économique et de renseignement siphonnant un maximum d’information utile au business. Curieusement l’Union Européenne brille par son absence d’une compétition menée par les Etats-Unis y compris contre ses alliés et partenaires politiques, mais aussi par la Chine, le Japon, la Russie, certains pays émergents. Au risque de faire perdre une partie de la souveraineté de ses membres, l’UE reste trop en dehors d’un jeu de la concurrence faussé par le biais de normes techniques, par l’absence de réciprocité dans les appels d’offres, par un arsenal juridique assorti de sanctions. Les attaques peuvent se révéler plus sournoises encore quand leur cheval de Troie est la culture telle l’industrie du cinéma ou les modes de vie transmis par des images qui font le tour du monde.
L’économie comme arme de guerre apportant une contribution décisive à la victoire finale a clairement joué dans chacun des deux conflits mondiaux du siècle dernier. Pratiquer l’embargo pour affaiblir ses adversaires consiste à couper leurs lignes d’approvisionnements, détruire leurs capacités de production industrielle et d’armement, faire basculer si possible les états neutres dans son propre camp, démoraliser les populations civiles pour les amener dans certains cas à la révolte. La paix revenue les conflits se poursuivent sur un autre terrain comme le montre la guerre du pétrole dont l’exploitation industrielle a débuté il y a 150 ans.
Faute de citer tous les exemples on en a retenu quelques-uns.
La mission dévolue aux croisades à partir du XIe siècle consistant à libérer les lieux saints de la présence musulmane cachait des buts autrement mercantiles. La cupidité était à l’œuvre en 1204 quand la République de Venise organisait le détournement de la 4ème croisade afin de piller Constantinople. La Sérénissime mue par un désir de vengeance ancien, autant que par la volonté de reprendre à son compte les échanges juteux relayés par les marchands arabes de l’Empire chrétien byzantin avec l’orient l’a affaibli durablement au point d’ouvrir la voie à l’hégémonie ottomane peu de temps après. C’est encore la cupidité qui est à l’œuvre dès la découverte des Amériques, ruinant au passage ces mêmes vénitiens. Entretemps les portugais avaient atteint l’océan Indien en contournant l’Afrique, avant d’y établir des comptoirs par un déchainement de terreur et de massacres. Ils ont été suivis par les hollandais usant de méthodes tout aussi violentes dans les îles de l’Insulinde pour s’emparer du monopole des épices. Ensuite sont arrivés les britanniques dont la domination en Inde pendant trois siècles et demi a été le fait d’intérêts privés constitués de marchands, de banquiers, d’armateurs au long des premiers 250 ans avant de devenir le joyau à part entière de la Couronne impériale.
En dehors du règne de Louis XI et de la période napoléonienne, la France bloquée par un excès de centralisme étatique est presque toujours restée à la traîne. L’ambition colbertiste n’a pas su vaincre la lourdeur bureaucratique des décisions publiques face ailleurs à la souplesse et à la réactivité des opérateurs privés. A l’autre bout du monde, la Chine malgré tous ses efforts pendant des siècles se sera fait dérober de précieux secrets : d’abord la production de la soie, plus tard les plants de thé qui deviendront l’une des boissons favorites des britanniques et des européens. Elle sera encore plus affaiblie par les guerres de l’opium du XIXe siècle.
La puissance extraterritoriale des multinationales, leur utilisation de l’information sont comme des armes « propres » de destruction massive. Ecrit dans un style vif et précis c’est le travail abondamment documenté et référencé d’un chercheur en relations internationales auteur de plusieurs ouvrages d’économie politique. Celui-ci alerte les décideurs sur l’urgence de se mobiliser face au risque pesant sur les souverainetés nationales. Et il invite les historiens patentés à en faire un sujet de recherches universitaires à part entière.

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