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25/03/2017

Les Français ont tendance à garder leurs revenus épargnés sous forme liquide plutôt qu’à les investir pour permettre aux entreprises de se développer et d’embaucher.« Pour Vous et avec Vous» un projet de développement durable conçu par FranceWebAsso

Pourquoi les Français épargnent-ils autant ?

Les Français ont tendance à garder leurs revenus épargnés sous forme liquide plutôt qu’à les investir pour permettre aux entreprises de se développer et d’embaucher.

Par Jacques Garello.

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De tous temps les Français ont été les champions européens de l’épargne : entre 14 et 16 % de leurs revenus disponibles (après impôts et prélèvements sociaux). Mais que font-ils de leurs économies ? Ils ont tendance à les garder sous forme liquide plutôt qu’à les investir pour permettre aux entreprises de se développer et d’embaucher. Même quand elle ne rapporte rien l’épargne française reste désespérément oisive. Il faudrait peut-être se demander pourquoi : allez donc voir du côté de la fiscalité et du dirigisme !

L’épargne cause de la crise ?

La querelle poursuivie au début du XIXe siècle entre Malthus et Jean Baptiste Say s’est prolongée entre Keynes et Friedman au milieu du XXe. Pour l’un la « préférence pour la liquidité » est sans limite et déraisonnable, pour l’autre la demande réelle de liquidité est toujours stable en fonction du revenu permanent. Pour l’un la « trappe monétaire » engloutit et stérilise l’épargne dès que le taux d’intérêt des placements atteint un niveau trop bas, pour l’autre le taux d’intérêt n’a pas de raison de baisser si la masse monétaire s’accroît régulièrement « rien n’est moins important que la monnaie…quand elle est bien gérée ». Forçons le trait : s’il y a crise, c’est parce qu’il y a des riches qui ont trop d’argent (Keynes), ou c’est que les banques centrales créent plus de monnaie que ce dont les gens ont besoin (Friedman).

Le taux zéro

epargne rené le honzecDans la conjoncture actuelle, ce qui est le plus surprenant est que les keynésiens qui inspirent la politique monétaire « active » s’acharnent à émettre de la monnaie sans limite et à abaisser le taux d’intérêt au point qu’il devienne nul, voire négatif. Les Banques Centrales (Fed ou BCE) font un double calcul : d’un côté les épargnants gorgés de liquidités vont certainement se tourner vers des placements rentables et productifs de nature à relancer l’emploi ; d’autre part, les opérateurs sur le marché financier ont davantage de moyens d’orienter l’épargne quand la matière première de leur métier, l’argent, coûte moins cher. Wall Street aime « l’aisance monétaire ».

Mais le double calcul est apparemment déjoué : d’une part, l’abondance de liquidités oriente les financiers vers des placements qui peuvent être purement spéculatifs ; d’autre part, les épargnants peuvent s’alarmer des risques que font courir des placements financiers.

De plus en plus d’épargne liquide

Forme d’épargne la plus liquide (à l’exception des billets), les dépôts à vue ont représenté 30 milliards d’euros en 2015, alors qu’ils étaient en solde négatif en 2012 ; ils ne rapportent rien, sinon les « commissions de mouvements » prélevées par les banques. Mais il faut dire qu’à l’inverse, en 2012, les livrets A attiraient 50 milliards d’euros alors qu’en 2015, 15 milliards en ont été retirés. C’est que le taux d’intérêt a été réduit à néant (0,75%), ce qui a discrédité le livret en dépit de l’exemption fiscale dont il jouit, et de la totale garantie du capital placé. Restent cependant 260 milliards d’euros sur les livrets A. Au total, l’épargne liquide et sans risque représente 1.400 milliards. Par comparaison, l’épargne risquée, notamment en actions, en unités de compte d’assurance-vie représente 1.700 milliards, soit à ce jour moins de 40 % de l’épargne totale. On peut imaginer ce que représenterait pour les entreprises un transfert d’une partie des liquidités vers des placements « risqués ».

Le poids de la fiscalité et de l’insécurité

Le transfert ne se fait pas à cause du risque fiscal de tels investissements. Une étude récente (IREF) établit que si les impôts sur les sociétés (IS) sont en France proche de la moyenne européenne (2% du PIB), la somme de l’IS et des prélèvements payés par les actionnaires sur leurs dividendes met la France largement en tête : 65 % des profits réalisés (contre 55% pour les salaires bruts perçus).

Entre épargne investie en entreprises et épargne liquide se situe enfin l’assurance vie et les plans et comptes d’épargne logement (PEL et CEL), qui ont représenté une collecte de 40 milliards en 2015, alors qu’ils avaient diminué de quelque 10 milliards d’euros en 2012. Ils représentent aujourd’hui 2.000 milliards. Leur hausse a été spectaculaire, elle s’accentue au fur et à mesure que les doutes pèsent sur l’avenir des retraites. La rentabilité est faible (1,27 % pour les PEL et 0,63 pour les CEL) mais la garantie est totale. Quant aux assurances-vie, longtemps privilégiées par le fisc, elles sont estimées trop rentables maintenant par les pouvoirs publics : moins de 2 % net !

On pourrait cependant se rassurer en sachant que l’épargne des livrets A est recyclée par la Caisse des Dépôts et Consignations qui la gère. Mais la Caisse finance essentiellement le logement social, dont on peut se demander s’il augmente ou diminue la croissance générale ! La création de la Banque d’investissement Public est aussi une manière de gaspiller l’épargne française. De la sorte, on se demande quelle est la meilleure formule entre épargne oisive, épargne pénalisée et épargne gaspillée.

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