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23/06/2017

Le Mal de vérité ou l’utopie de la mémoire,Pesante mémoire,Dans un ouvrage pluridisciplinaire, Catherine Coquio montre que le culte contemporain de la mémoire et de la vérité cache en fait une crise qui empêche d’avancer.

1agld1r.gifTémoignage et fiction

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Pesante mémoire

À propos de : Catherine Coquio, Le Mal de vérité ou l’utopie de la mémoire, Armand Colin

Dans un ouvrage pluridisciplinaire, Catherine Coquio montre que le culte contemporain de la mémoire et de la vérité cache en fait une crise qui empêche d’avancer.

L’examen de ces troubles de la vérité-témoignage amène Catherine Coquio à voir comment une « culture de la mémoire » est apparue dans la foulée de la Première Guerre mondiale, et comment cette culture de la mémoire s’articule à une critique de la culture (en réexaminant l’héritage de l’École de Francfort). L’auteur insiste surtout sur les façons de penser le témoin, et même cette variante qui s’est imposée : « le témoin de témoin » (reprenant le vers célèbre de Celan). On tâche ainsi de renouer avec les héritages mémoriels, mais cela peut aussi verser dans une certaine religiosité du lien et de cette communauté des témoins, occultant parfois l’accès aux textes mêmes des témoignages, des traces et de leur possible usage critique. Car le témoignage, jusqu’aux crimes de masse, avait pour fonction de produire du vrai ; il est désormais aussi assigné au besoin de justifier le deuil et transmettre une dette. C’est ici que Catherine Coquio suggère de reprendre la notion d’utopie : non comme principe d’espérance, mais comme travail sur l’absence littérale de place, sur les frontières de l’existence. Comme le disait Sylvie Umubieyi, survivante tutsi, citée dans l’ouvrage : « Quand je pense au génocide, je réfléchis pour savoir où le ranger dans l’existence, mais je ne trouve nulle place. »

C’est alors que l’exploration des frontières du langage et de la vie que permet la fiction ouvre sur cette dimension utopique. Chalamov comme Kertész y ont insisté. Catherine Coquio en suit attentivement les caractères nécessairement sinueux. Y compris pour des textes traitant du génocide arménien que l’on avait plutôt négligés jusqu’ici (par exemple En ces sombres jours d’Aram Andonian). Autre notion qu’elle retravaille en liaison avec la fiction, celle de catharsis qui noue mémoire, deuil et vérité racontée, allouant ainsi à la vérité une fonction réparatrice. Cependant, si la délivrance « véritable » reste indécidable, l’important ici est de saisir au moins la dimension d’appel, structurante pour les formes choisies du témoignage.

Pour citer cet article :

Éric Méchoulan, « Pesante mémoire », La Vie des idées , 20 juin 2016. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Pesante-memoire.html

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