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08/07/2015

NON à l’Europe de l’austérité, à l’Europe des banques et de l’oligarchie et à l’Europe égoïste.OUI à l’Europe sociale, à l’Europe des peuples et à l’Europe du partage,NON à la dictature de la finance, aux ultimatums, au chantage de la Troïka...

  1. NON à l’Europe de l’austérité, à l’Europe des banques et de l’oligarchie et à l’Europe égoïste. Les politiques d’austérité sont politiquement coûteuses, économiquement inefficaces et socialement désastreuses. Loin de relancer la croissance, la réduction des dépenses, la diminution des salaires et des pensions de retraite, le démantèlement des services publics, y compris d’éducation et de santé, la destruction du code du travail et des acquis sociaux conduisent inévitablement à une contraction de la consommation.

 

  1. OUI à l’Europe sociale, à l’Europe des peuples et à l’Europe du partage. En temps de crise, les Etats doivent adopter une politique de New Deal et réaliser des investissements massifs afin de relancer l’économie. Les mesures de protection sociale doivent être renforcées afin de protéger les catégories les plus vulnérables de la population. De la même manière, une hausse du salaire minimum enclenchera un cercle vertueux car elle relancera la consommation, remplira le carnet de commandes des entreprises, lesquelles embaucheront de nouveaux salariés pour répondre à cette demande, ce qui permettra à l’Etat d’augmenter ses recettes fiscales grâce à ces nouveaux contribuables et de diminuer ses dépenses d’allocations-chômage grâce à la baisse du nombre de personnes sans emploi. Ces nouvelles sources de revenus pour la nation permettront de renforcer les services publics à destination du peuple.

 

  1. NON à la dictature de la finance, aux ultimatums, au chantage de la Troïka, au terrorisme politique, économique, financier et médiatique et aux menaces en tout genre. Il est inadmissible que la Commission européenne, composée de technocrates non élus – donc sans aucune légitimité populaire – décide de la politique économique et sociale d’une nation souveraine. Il s’agit là d’une atteinte à la démocratie et une remise en cause du droit inaliénable des peuples à l’autodétermination.

 

  1. OUI à l’indépendance, à la volonté sacrée des peuples, à la liberté et à la dignité. En portant au pouvoir un gouvernement progressiste mené par Alexis Tsipras de SYRIZA, les Grecs ont voté pour un programme de relance économique anti-austérité et un renforcement de la protection sociale. Aucune entité ne peut interférer dans cette décision souveraine d’un peuple libre.

 

  1. NON à la dette inique, mathématiquement impayable, destinée à asservir les peuples et à satisfaire l’appétit de la finance internationale. Il est temps de mettre fin au système actuel qui interdit à la Banque centrale européenne de prêter directement aux Etats aux mêmes taux que ceux réservés aux banques privées, c’est-à-dire entre 0 et 1%. La Grèce pourrait résoudre le problème de la dette si une telle réforme était adoptée. Aujourd’hui, lorsque la Grèce a besoin d’un financement, elle est obligée de passer par les banques privées qui lui prêtent à des taux usuraires pouvant atteindre les 18%, des emprunts qu’elles ont-elles-mêmes souscrits à des taux inférieurs à 1% !
 

 

  1. OUI à un audit international des dettes publiques, à la renégociation et à l’annulation des emprunts illégitimes. Selon la Commission pour la Vérité sur la Dette publique grecque, « la dette issue des mesures de la Troïka constitue une violation caractérisée des droits humains fondamentaux des résidents de la Grèce. Ainsi, nous sommes parvenus à la conclusion que la Grèce ne doit pas payer cette dette, du fait de son caractère illégal, illégitime et odieux. […] Le caractère insoutenable de la dette publique grecque était évident depuis l’origine pour les créanciers internationaux, les autorités grecques et les grands médias. Pourtant, les autorités grecques et certains gouvernements de l’Union Européenne se sont ligués pour rejeter une restructuration de la dette publique en 2010, dans le seul but de protéger les institutions financières privées. Les grands médias officiels ont dissimulé la vérité au public en soutenant que le plan de sauvetage allait être bénéfique pour la Grèce, tout en passant en boucle le récit selon lequel la population ne faisait que payer pour ses propres turpitudes ».

 

  1. NON à l’accumulation des richesses, à l’égoïsme et à l’individualisme. L’Europe actuelle est le paradis des nantis et l’enfer des peuples. Elle est l’illustration parfaite de la célèbre maxime voltairienne selon laquelle « une société bien organisée est celle où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne ».

 

  1. OUI à la répartition des richesses, à la solidarité et à la défense de l’intérêt général. La crise actuelle n’est pas due à une question de ressources car l’Europe n’a jamais été aussi riche de son histoire. Il est donc urgent de procéder à une répartition équitable des richesses et de placer la dignité humaine au centre du projet européen.

 

  1. NON à la dictature des puissants. La Grèce, berceau de la démocratie, rappelle à l’Europe et au monde le fameux avertissement de Maximilien Robespierre. Le Héros de la Révolution française qui, dès le départ, avait choisi le camp des pauvres, avait dénoncé « le joug de l’aristocratie des riches, la plus insupportable de toutes » : « Les riches prétendent à tout, ils veulent tout envahir et tout dominer. Les abus sont l’ouvrage et le domaine des riches, ils sont les fléaux du peuple : l’intérêt du peuple est l’intérêt général, celui des riches est l’intérêt particulier ».

 

  1. OUI à la révolte des peuples contre toutes les injustices, à l’insurrection civique et pacifique et à la résistance à l’oppression. Les peuples ne sont pas condamnés à l’indifférence et à l’humiliation et ont le pouvoir de prendre en main leur propre destin. La misère n’est pas une fatalité mais une décision politique imposée par les élites rapaces et insatiables. L’heure est à la révolte de la plèbe, des écrasés et des révoqués contre la brutalité de la finance mondiale.

 

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

07/07/2015

La Grèce, l’Allemagne et la zone euro, Plutôt que d’aider les Grecs, l’argent a été versé dans un trou noir de dettes insoutenables tandis que partout le peuple souffrait. De la croissance nourrie par la dette nous sommes passés en boucle à l’austérité

Discours de Yanis Varoufakis, ministre des Finances de la Grèce, tenu à la Fondation Hans-Böckler à Berlin (8 juin 2015)

hd. Le point de vue grec étant généralement occulté, «Horizons et débats» publie dans son intégralité, le discours de Yanis Varoufakis pour information et documentation.

Merci de m’avoir invité et merci d’être présents. Merci aussi pour votre accueil chaleureux. Je vous remercie tout particulièrement d’offrir la possibilité d’ériger des ponts, de consolider nos points communs et surtout de vous engager pour un rapprochement pendant que tant d’efforts sont déployés pour semer la discorde entre les peuples, alors que la tâche historique serait de se retrouver unis.
Depuis la fin de la guerre, les Grecs et les Allemands se sont unis avec d’autres peuples européens. Nous avons trouvé des points communs malgré les différences de langage, la diversité des cultures, les tempéraments bien définis. Dans ce processus de rapprochement, nous découvrons avec grand bonheur qu’il existe moins de différences entre nos nations qu’il n’y a de différences à l’intérieur de nos nations.
Puis, il y eut le désastre financier global de 2008 suivi, un ou deux ans plus tard, du fait que les peuples venant de se retrouver en étaient à nouveau venus à s’affronter … du fait de la monnaie commune – un paradoxe qu’on pourrait trouver amusant, s’il ne cachait pas tant de dangers pour nos peuples. Un danger pour l’avenir et pour l’idée d’un bien-être commun pour l’Europe.
L’histoire semble avoir un sens pour la comédie, quand on voit de quelle manière elle se répète parfois elle-même. La guerre froide ne débuta pas à Berlin en décembre 1944, mais dans les rues d’Athènes. La crise de l’euro débuta également à Athènes en 2010, déclenchée par l’amoncellement des dettes grecques. Suite à un malencontreux hasard, la Grèce devint le foyer tant de la guerre froide que de la crise de l’euro. Mais les causes sont très diverses et se retrouvent sur tout le continent.
Quelles furent les causes de la crise de l’euro? Les médias et les politiciens aiment les histoires simples. Tout comme Hollywood, ils adorent les histoires morales avec des méchants et des victimes. La fable d’Esope intitulée «La fourmi et la cigale» s’avéra tomber à pic. Depuis 2010, l’histoire se raconte à peu près comme cela: les cigales grecques n’ont pas accompli leur devoir et leur période estivale de l’endettement trouva un jour soudainement une fin. Les fourmis se virent donc obligées de leur venir en aide par des contributions financières. Aujourd’hui, on affirme au peuple allemand que les cigales grecques ne veulent pas rembourser leurs dettes. Elles veulent continuer de profiter d’une vie agréable, de pouvoir s’éclater, de se dorer au soleil et donc un nouveau sauvetage financier est nécessaire afin d’en avoir les moyens.
C’est une histoire avec un impact fort. Une histoire soutenant la position de l’argent contre les Grecs, contre notre gouvernement. L’ennui, c’est que cette histoire est trompeuse. Elle jette une ombre noire sur la vérité. C’est une allégorie destinée à dresser un peuple contre un autre. Tout le monde y perd. Sauf peut-être les ennemis de l’Europe et de la démocratie qui espèrent gagner le gros lot.
Permettez-moi une lapalissade: la dette de l’un est la richesse de l’autre. Donc, le déficit d’un Etat produit le surplus d’un autre. Si une nation ou une région est plus industrialisée qu’une autre, si elle produit l’essentiel des biens avec une grande valeur ajoutée, alors que l’autre se contente de biens guère négociable avec une faible valeur ajoutée, il va de soi qu’il y a asymétrie. Il ne suffit pas de penser à la Grèce face à l’Allemagne. Pensez aussi à l’Allemagne de l’Est face à l’Allemagne de l’Ouest ou bien au Missouri face au Texas, au nord de l’Angleterre face à la «Greater London Area» – ce sont tous des exemples de déséquilibres commerciaux sur la durée.
Un taux de change flottant, comme celui entre le Brésil et le Japon, permet de maintenir le contrôle des déséquilibres – cela au prix de la volatilité. Mais lorsqu’on fixe le taux de change pour offrir davantage de sécurité aux affaires (ou bien encore plus en introduisant une monnaie commune), il se passe autre chose: les banques se mettent à exagérer les excédents et les déficits. Ils gonflent les déséquilibres et les rendent plus dangereux. Automatiquement. Sans se référer aux électeurs ni aux Parlements. Et même, sans que le gouvernement du pays soit au courant. C’est cela que je désigne de dettes toxiques et de recyclage des excédents. Cela se fait par les banques.
Il est facile de comprendre ce qui se passe: un excédent commercial allemand face à la Grèce provoque un transfert d’euros de la Grèce vers l’Allemagne. Par définition!
Et c’est précisément ce qui s’est passé dans les années folles – avant la crise. Les euros, gagnés par les entreprises allemandes en Grèce et ailleurs à la périphérie se déversèrent dans les banques de Francfort. Cet argent augmenta le volume financier de l’Allemagne (réserves de liquidités) et abaissa le prix de l’argent. Quel est le prix de l’argent? Le taux d’intérêt! C’est pourquoi ces derniers se maintinrent si bas en Allemagne
par rapport à d’autres membres de la zone euro.
Soudainement, les banques du Nord avaient un motif pour à nouveau prêter leurs réserves aux Grecs, aux Irlandais, aux Espagnols – aux Etats où les intérêts étaient nettement plus élevés, du fait que les liquidités dans les régions déficitaires d’une union monétaire se réduisent constamment.
C’est ainsi que se déversa un tsunami de dettes depuis Francfort, la Hollande et Paris – sur Athènes, Dublin, Madrid, sans se préoccuper de la perspective d’une dévaluation de la drachme ou de la lire, puisque nous avons tous l’euro, tous appâtés par l’idée d’un risque sans risques, une conception fantaisiste semée par Wall Street, le berceau de cette horrible «financiarisation».
Autrement dit, les torrents de dettes dans des pays telle la Grèce étaient l’envers de la médaille des excédents commerciaux de l’Allemagne. Les dettes de la Grèce et de l’Irlande envers les banques allemandes privées permirent de maintenir les exportations allemandes vers la Grèce et l’Irlande. Cela est comparable à l’achat d’une voiture chez un vendeur qui vous fournit en même temps le prêt pour que vous puissiez vous permettre cet achat. On appelle cela le financement de l’offrant (vendor-finance).
Voyez-vous le problème? Pour maintenir l’excédent commercial d’un Etat à l’intérieur d’une union monétaire, le système bancaire doit entasser des dettes auprès des Etats déficitaires. Il est vrai que l’Etat grec fut un débiteur irresponsable. Mais, Mesdames et Messieurs, à tout débiteur irresponsable correspond un créancier irresponsable. Prenez comme exemple l’Irlande ou l’Espagne et comparez les avec la Grèce. Les gouvernements de ces pays n’étaient pas irresponsables, à l’encontre du nôtre. Finalement le secteur privé de ces pays reprit les dettes accumulées dont le gouvernement ne voulait pas. L’ensemble des dettes à la périphérie était l’envers des excédents des Etats du Nord.
C’est pourquoi il est inutile de réfléchir sur les dettes dans un contexte moral. Nous avons une union monétaire qui, par ses règles, a engendré des dettes insupportables. C’est nous qui l’avons construite. Nous en sommes tous responsables, en tant qu’Européens. Nous devons résoudre ce problème ensemble. Sans montrer les autres du doigt, sans remettre la faute aux autres.
Jusqu’en 2009, les médias grecs étaient particulièrement fiers que leur pays croissait plus vite que l’Allemagne. Ils se trompaient. C’était une croissance reposant uniquement sur l’endettement continuel, sur l’effet «boule de neige». Lorsque nos bulles éclatèrent, les médias allemands rejetèrent la faute sur la mentalité de gaspillage dans les pays de la périphérie et les dénoncèrent comme de mauvais Européens qui obtenaient maintenant ce qu’ils méritaient. Cependant, la presse allemande commit elle aussi une erreur. Suite au système problématique du recyclage soutenu par les banques, les dettes exorbitantes de la périphérie soutenaient l’essor de l’industrie des machines et du système bancaire allemand et français.
En résumé, c’est le recyclage des excédents de la zone euro qui était au centre du problème. La Grèce et l’Irlande en prirent un sale coup de la part de cette zone euro mal conçue. Nous avons assisté à un effondrement pour sauver les banques qui étaient à l’origine de ce recyclage mal mené. Pour sauver une zone euro économiquement incapable d’absorber les vagues de chocs provoquées par la crise financière que sa construction créa et qui était politiquement opposée à revoir le mécanisme du recyclage des excédents.
Depuis cinq ans, l’Europe et trois différents gouvernements grecs ont fait comme si la crise était résolue, alors même qu’ils la prolongeaient. Ils firent semblant de croire qu’on pouvait éviter la banqueroute de l’Etat en concédant des crédits en constante augmentation, accordés au prix d’une politique d’austérité ponctionnant les revenus de la population, et minant les possibilités de l’Etat de rembourser. Entre-temps, la grande dépression (Great Depression) s’est installée, le centre politique s’est effondré, les enfants sous-alimentés sont pris de malaises pendant les leçons en classe et de plus des nazis réapparaissent de l’ombre.
Comme je l’ai déjà dit, il est inutile de se renvoyer la faute. Qui est responsable de la crise? Nous avons mis sur pied une zone euro avec un mécanisme de recyclage des excédents devant nous mener, immanquablement, à une crise provoquant des victimes un peu partout. Plus nous tarderons à en prendre conscience, plus nous nous enfoncerons dans cette erreur collective.
J’ai fait allusion, tout à l’heure, à la fable d’Esope qui a causé tant de tort à la compréhension entre nos peuples à leurs relations et à leur respect mutuel. Permettez-moi de la raconter d’une nouvelle façon, plus proche des circonstances économiques réelles de la zone euro.
D’abord, j’espère que vous êtes d’accord avec moi que l’idée que les fourmis se trouvent toutes au nord de l’Europe et que les cigales sont toutes réunies au sud, à la périphérie, paraîtrait comique si elle n’était pas si insultante et destructive envers notre projet européen commun.
Après la mise en place de l’euro, ce qui s’est passé pendant la période faste c’est que les fourmis ont travaillé dur partout, en Allemagne comme en Grèce. Et elles avaient du mal à joindre les deux bouts, en Allemagne comme en Grèce. Par contre, en Grèce comme en Allemagne, pour les cigales, c’était la foire de la finance.
L’afflux de capitaux privés allemands vers la Grèce a permis aux cigales du Nord tout comme à celles du Sud de générer à leur profit une énorme richesse virtuelle aux dépens des fourmis – les fourmis allemandes et les fourmis grecques. Puis, quand la crise a frappé, ce sont les fourmis du Nord et spécialement celles du Sud, les fourmis grecques, qui ont été mises à contribution pour renflouer les cigales des deux nations.
Ces plans de sauvetage ont coûté cher aux fourmis. Les fourmis grecques, en particulier, ont perdu leurs emplois, leurs maisons, leurs pensions, tandis que les fourmis allemandes se sentaient trahies lorsqu’elles entendaient parler de ces milliards qu’on versait aux Grecs alors même que leur propre niveau de vie stagnait malgré leurs efforts productifs. Pour ce qui est des cigales grecques, certaines aussi ont souffert mais les plus grosses n’ont rien eu à craindre: elles ont exporté leurs fonds mal acquis vers Genève, Londres et Francfort. Et tout le long du chemin vers la banque, elles riaient.
C’est cela qui est tellement négatif dans un plan de sauvetage financier. Ce n’est pas que les Allemands n’ont pas assez payé pour les Grecs. Ils ont beaucoup trop payé, pour les mauvaises raisons. Plutôt que d’aider les Grecs, l’argent a été versé dans un trou noir de dettes insoutenables tandis que partout le peuple souffrait. De la croissance nourrie par la dette nous sommes passés en boucle à l’austérité alimentée par la dette.
C’est pour mettre fin à ce cercle vicieux que notre gouvernement a été élu.
Depuis 2010, au sein de notre parti, et moi tout particulièrement, nous nous sommes opposés à ces plans de sauvetage qui ne faisaient qu’empiler une nouvelle dette sur l’insoutenable dette publique grecque déjà existante sous couvert d’une stricte austérité menant à réduire tous les revenus et plongeant ainsi la Grèce encore plus dans l’insolvabilité, la dépression et la misère. Nous nous sommes élevés contre cet acte de pure folie consistant à faire passer la dette de l’Etat grec des registres des banques privées sur les épaules des contribuables européens. Cela ne ferait que dresser les nations les unes contre les autres sans apporter le moindre remède à l’insolvabilité de la Grèce.
Les cinq années écoulées ont prouvé que nous avions raison et c’est pourquoi nous avons été élus. Dès le jour de ma prise de fonction j’ai fait une proposition simple à nos partenaires, dans l’Eurogroupe et ailleurs: comme nous avons été élus pour remettre en question le programme auquel vous croyez et auquel vous voudriez que nous nous soumettions, les négociations pourraient se prolonger. Alors menons ces négociations de bonne foi. Mais mettons-nous également d’accord par ailleurs, et le plus rapidement possible, sur les nombreuses réformes dont nous convenons tous qu’elles sont absolument nécessaires et que les précédents gouvernements ont refusé de mettre en œuvre. Faisons adopter par notre Parlement, d’un commun accord, trois ou quatre projets de lois qui luttent contre l’évasion fiscale, mettent sur pied une administration fiscale complètement indépendante, s’attaquent à la corruption, réforment le code de l’impôt sur le revenu, régulent et taxent les chaînes de télévision, etc. etc. Mettons ces réformes en œuvre immédiatement pendant que les négociations «élargies» et «exhaustives» continuent.
La réponse que j’ai reçue était sans équivoque: «Non! Jusqu’à ce que la révision complète du Programme grec ait été menée à bien, vous ne pouvez faire adopter aucun projet de loi par le Parlement. Toute législation de ce type sera considérée comme une action unilatérale et mettra en péril vos relations avec les institutions». Et c’est ainsi que les négociations ont trainé, trainé, épuisant notre énergie pendant que l’économie stagnait et que d’importantes réformes attendaient toujours d’être légiférées.
On me demande souvent: «Quoi qu’il en soit, pourquoi n’avez-vous pas conclu les négociations avec les institutions? Pourquoi n’avez-vous pas trouvé un accord rapidement?» Il y a trois raisons à cela.
Premièrement, les institutions insistent sur des indicateurs macroéconomiques économiquement insupportables. Considérons trois d’entre eux, cruciaux, concernant les sept années à venir: le taux de croissance moyen, l’excédent primaire moyen et l’amplitude moyenne des mesures fiscales (c’est-à-dire les nouveaux impôts, les baisses des retraites et des pensions). Les institutions nous proposent des chiffres qui sont en contradiction les uns avec les autres. Elles partent du principe que la Grèce pourrait atteindre un taux de croissance moyenne d’environ 3%. Tout cela est bien beau, mais alors, pour rester en ligne avec leur «but» qui est de démontrer que notre dette peut descendre jusqu’à 120% de notre revenu national en 2022, elles exigent des excédents primaires en hausse de plus de 3%, avec d’importantes mesures fiscales permettant d’atteindre ces excédents primaires. Le problème dans ce cas, c’est que si nous acceptions ces données et imposions ces excédents fiscaux hautement générateurs de récession à notre faible économie, nous n’atteindrions jamais le taux de croissance de plus de 3% auquel elles font référence. Le résultat d’un accord avec les institutions sur ces insupportables indicateurs fiscaux serait que la Grèce, une fois de plus, échouerait misérablement à remplir les objectifs de croissance attendus, avec des conséquences épouvantables pour notre peuple et notre capacité à rembourser nos dettes. En d’autres termes, l’échec spectaculaire des cinq dernières années va se prolonger dans l’avenir. Comment notre gouvernement pourrait-il y consentir?
Deuxièmement, nous sommes peut-être un gouvernement idéologiquement proche de la Gauche radicale mais malheureusement ce sont les institutions qui, en véhiculant des fixations idéologiques, rendent un accord impossible. Prenez par exemple leur insistance sur le fait que la Grèce doit devenir une zone exempte de protection du travail. Il y a deux ans la troïka et le gouvernement ont démantelé toutes les conventions collectives. Les travailleurs grecs ont été livrés à eux-mêmes dans les négociations avec les employeurs. Les droits du travail, dont la conquête avait pris plus d’un siècle, ont été balayés en quelques heures. Le résultat n’a pas été la croissance de l’emploi ou un marché du travail plus efficace. Le résultat a été un marché du travail où plus d’un tiers du travail salarié n’est pas déclaré, condamnant ainsi les fonds de pension et les recettes fiscales du gouvernement à la crise permanente. Notre gouvernement a soumis une proposition extrêmement raisonnable: porter l’affaire devant l’Organisation internationale du travail (OIT) afin qu’elle nous aide à rédiger un projet de loi moderne, flexible et favorable aux entreprises qui restaure la convention collective à la place qui lui revient de droit dans une société civilisée. Les institutions ont rejeté cette proposition, traitant notre proposition de «marche arrière sur les réformes».
La troisième raison qui a fait que nous n’avons pu nous entendre avec les institutions réside dans les mesures insupportables et socialement injustes sur lesquelles elles ont insisté. En Grèce par exemple, les retraites les plus basses s’élèvent à 300 euros, desquels plus de 100 euros sont constitués par ce que l’on appelle la «pension de solidarité» ou EKAS. Les institutions insistent pour que nous éradiquions l’EKAS tout en proposant que nous augmentions dans le même temps la TVA sur les médicaments (dont les retraités sont consommateurs) de 6% à 12% et l’électricité de 13% à 23%. Bref, aucun gouvernement ayant la moindre sensibilité envers le sort des plus démunis de ses citoyens ne peut tomber d’accord avec de telles propositions.
Je pourrais continuer longtemps en égrenant la litanie des demandes inacceptables de nos créanciers. Je ne vais pas le faire. Je suis sûr que vous avez compris l’essentiel.
En résumé, nous devons accepter des réformes adéquates et profondes et les intégrer dans un grand dispositif de mesures qui mette un terme définitif à la crise grecque. Outre ces profondes réformes, les deux éléments de ce large accord doivent être un mécanisme rendant la dette publique grecque supportable (sans amortissement draconien de la dette ni attribution de nouveaux fonds à l’Etat grec) et un ensemble d’investissements qui relance l’économie et influe sur l’investissement privé.
L’accélération excessive de la dette publique a déclenché la crise grecque. Seul un enraiement de cette dette mettra fin à la crise. Voici ce que nous proposons:
La Grèce acquiert du Mécanisme européen de stabilisation financière (MESF) des obligations nouvelles d’un montant de 27 milliards d’euros, ce qui lui permet de racheter à la Banque centrale européenne (BCE) les anciennes obligations achetées par celle-ci en 2010 (programme de rachat d’obligations d’Etat par la BCE ou SMP) et dont la parité est justement de 27 milliards. Nous les retirons alors immédiatement de la circulation. La créance de la BCE sera donc remboursée intégralement. Le déficit à court terme sera ainsi éliminé, ce qui permettra aux obligations grecques de participer au programme d’assouplissement quantitatif de la BCE et devrait faciliter notre retour sur les marchés monétaires tout en évitant de recourir davantage à l’émission d’emprunts du secteur public. Les titres du SMP remboursés, la BCE remettra à la Grèce, comme prévu, les près de 9 milliards d’euros de «bénéfice» dus à l’achat initial de ces titres au-dessous du pair. La Grèce utilisera ce montant pour rembourser une partie du solde de sa dette (19,96 milliards) envers le FMI. La partie restante, soit 11 milliards, sera refinancée grâce à notre nouvel accès au marché.
Ce swap suscite une objection évidente: sans que la Grèce ne reçoive de fonds frais, le MESF devra contracter un nouvel engagement et, par conséquent, il faudra adopter de nouvelles conditions. Une simple solution se présente promptement: les mêmes conditions, c’est-à-dire celles de l’ensemble des réformes que nous adopterons pour effectuer le programme en cours, peuvent être utilisées pour le nouvel accord avec le MESF. Un ensemble de conditions que nos Parlements approuveront servira de base au programme en cours et au nouvel accord. Ni la chancelière Merkel ni le Premier ministre Tsipras ne devront se présenter deux fois devant leurs Parlements. Un accord simple et efficace est donc en vue.
La gestion de la dette est une condition nécessaire, mais non suffisante, pour mettre un terme à la crise grecque. L’économie grecque doit prendre son élan. Alors que l’essor à long terme devra être financé par le secteur privé, le flux d’investissements nécessitera une impulsion initiale. Il faudra aussi un véhicule pour gérer efficacement les volumineux crédits en souffrance qui bloquent actuellement le système de crédits. Telles sont nos propositions à ce sujet:
Le Conseil européen donne le feu vert à la Banque européenne d’investissement (BEI) pour lancer un programme particulier d’investissement en Grèce, financé intégralement par une émission d’obligations de la BEI (renonciation au financement national conjoint), la BCE assurant la couverture des obligations sur le marché secondaire dans le cadre de son programme d’assouplissement quantitatif. Ce programme sera géré par la BEI et le Fonds européen d’investissement (FEI), en collaboration avec une nouvelle banque de développement de droit public et avec le Fonds européen d’investissements stratégiques de la BEI (FEIS), le Fonds hellénique d’investissement, la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD), la Banque de crédit de reconstruction (KfW) et d’autres institutions européennes d’investissement, ainsi que dans le cadre de nouvelles privatisations, telles celles des ports et des chemins-de-fer.
Le grand mérite de cette proposition est qu’elle ne coûtera rien aux créanciers. La BEI travaille selon des critères purement bancaires et devrait bénéficier de la croissance rapide de l’économie grecque, ainsi que de la hausse inévitable des prix des actifs. Même avant la première remise de fonds, la simple annonce de cette série de réformes, gestion de la dette et ensemble d’investissements de la BEI, générera des investissements sub­stantiels et mettra fin inévitablement à la crise grecque.
La crise terminée, l’Europe devra consulter son miroir et se demander comment consolider son union monétaire de manière à éviter que la prochaine crise ne soit mortelle.
Visiblement, nous avons besoin d’une union politique. Mais de quelle sorte? N’oublions pas que l’Union soviétique était une union politique, même si nous ne souhaitons pas l’imiter. Non, l’objectif de l’Europe est une union politique démocratique, qui plaise à ses peuples.
Les Européens doivent se poser une importante question: sommes-nous partisans d’une union politique libérale qui tolère ceux qui – tel notre gouvernement – critiquent les politiques européennes actuelles, mais sont attachés à l’UE? ou voulons-nous une union politique qui n’admette aucun écart par rapport à la doctrine néolibérale et tente d’abattre, au détriment de la démocratie, les pro-européens perturbateurs du genre du gouvernement Syriza. Laissez-moi présager que, si l’Europe opte pour cette dernière solution, elle sera finalement dominée par des antieuropéens qui haïssent l’Europe et tout ce qu’elle incarne, et qui veulent la ramener au tribalisme nationaliste qui a causé tant de morts au cours des siècles.
Malheureusement, quelques leaders européens pensent que sacrifier la Grèce, telle une Iphigénie moderne, permettra de mettre le cap sur l’union politique grâce à une discipline que la crainte du «Grexit» aura mise dans les cœurs et dans les têtes. Je crains que ce ne soit une tentative de préserver un modèle dépassé en recourant, à un rythme croissant, à l’autoritarisme et à la récession. Il en résulterait une scission de l’Union ainsi que des frais économiques et humains considérables.
Permettez-moi d’évoquer une autre héroïne de la tragédie athénienne antique: Antigone. Elle symbolisait la mise en question de normes injustes; de règles qui violent les principes fondamentaux de bienséance et de justice. Bien sûr, elle n’était pas une anarchiste et croyait aux normes. Hélas, elle croyait que si quelqu’un était en présence de mauvaises règles, de règles contraires à la condition humaine, il était de son devoir de mettre ces normes en question et de les remplacer par d’autres règles, plus conformes aux objectifs humains.
A votre avis, qu’est-ce qui convient le mieux au projet européen? La stratégie d’Agamemnon résolu à sacrifier Iphigénie? Ou la tendance d’Antigone à établir de meilleures règles? L’idée de détacher la Grèce de la zone euro, afin de discipliner le reste de celle-ci ? Ou l’idée de rapprocher chacun des autres grâce à des politiques saines, sensibles et humanistes?
Le principal problème est que cette crise a sapé notre volonté politique de rapprocher, dans le respect de la souveraineté nationale, des économies asymétriques d’union monétaire. A juste titre, les citoyens tournent le dos à l’union monétaire. Ils commencent même à se rassembler, non pas autour de la souveraineté nationale, mais du chauvinisme et des stéréotypes.
La grande question devient donc: est-il possible de donner davantage de souveraineté aux peuples de notre union monétaire asymétrique tout en introduisant un mécanisme efficace, non-toxique, de recyclage des excédents?
Je pense que c’est possible. Mais les explications et les débats sur la manière d’y parvenir nécessiteraient une autre longue séance.
Le 6 septembre 1946, James F. Byrnes, ministre des Affaires étrangères, se rendit à Stuttgart pour y tenir son «Discours de l’Espoir». Il devait instaurer un changement de paradigme de l’Amérique envers l’Allemagne et donner à la Nation vaincue une chance de réinventer une façon de se relever, grandir et retourner à la norme.
Jusqu’à ce que le discours de J. Byrnes inondât de ses rayons d’optimisme l’Allemagne occupée, les Alliés s’accordèrent dans leur engagement de faire de l’Allemagne un pays principalement agricole et rural. Le discours de Byrnes signala au peuple allemand un revirement dans la voie punitive de désindustrialisation prévoyant la destruction de 706 installations industrielles.
L’Allemagne doit sa restauration d’après-guerre et sa prospérité à son peuple, à son dur labeur, à l’innovation et à l’engagement pour une Europe unie et démocratique. Sans le Discours de l’Espoir et sa signification, elle n’aurait pourtant pas été à même de maîtriser cette magnifique renaissance d’après-guerre.
Avant le discours de Byrnes et même pendant quelques temps après celui-ci, les alliés des Etats-Unis n’étaient pas très enthousiastes à l’idée de redonner de l’espoir aux Allemands vaincus. Cependant, une fois que Washington eut décidé de réhabiliter l’Allemagne, il n’y eut pas à y revenir et sa renaissance fut programmée, facilitée par le Plan Marshall, l’effacement des dettes sponsorisé par les Etats-Unis en 1953, mais également par l’immigration massive de travailleurs italiens, yougoslaves et grecs.
Sans ce changement fondamental, l’Europe n’aurait pas été en mesure de trouver le chemin de la paix et de la démocratie. Quelqu’un devait mettre de côté ses propres objections morales pour pouvoir jeter un regard lucide sur une Nation bloquée par une série de circonstances pouvant semer la discorde et la dispersion à travers le continent. C’est exactement ce que firent les Etats-Unis, seule Nation créancière émergeant de la guerre.
70 ans plus tard, une autre nation se trouve bloquée dans ce piège sans remède, faisant des vagues en Europe, et duquel elle ne peut se libérer sans une variante du Discours de l’Espoir de J. Byrnes. La Grèce! De nombreuses objections morales font obstacle lorsqu’il s’agit de donner une chance au peuple grec et de lui permettre de s’en sortir. Une austérité imposante est demandée à une économie déjà à genoux parce qu’elle doit supporter les mesures les plus draconiennes qu’un pays ait eu à supporter en temps de paix. Aucune proposition de remise de dettes, aucun plan de relance aux investissements et en tout cas pas de discours de l’espoir pour ce peuple en situation d’échec.
Le gouvernement grec a présenté une série de propositions pour de profondes réformes, pour la gestion des dettes ainsi que pour un plan d’investissements permettant de relancer l’économie. La Grèce est vraiment prête et a la volonté de s’engager dans un contrat avec l’Europe visant à éradiquer les malignités qui l’ont conduite à être le premier domino tombé en 2010. Nous sommes prêts à assumer notre rôle en développant un programme de restructuration approprié et soutenable pour la zone européenne, de faire nos devoirs et de respecter les règles que nous érigeons avec nos amis allemands.
Cependant, pour que ces réformes puissent conduire la Grèce au succès, il manque un ingrédient: l’espoir!
Un discours de l’espoir pour la Grèce est ce dont nous avons besoin aujourd’hui.
Un discours de l’espoir serait en fait même un bénéfice pour nos créanciers car notre renaissance éliminerait la probabilité d’une défaillance.
Que doit-il inclure? Un discours de l’espoir n’a pas à être technique. Il devrait simplement signaler un changement de paradigme, une rupture avec les cinq dernières années pendant lesquelles de nouveaux prêts ont été ajoutés à une dette déjà insoutenable de pair avec des conditions punitives de plus en plus austères.
Qui ferait cela? A mon avis la chancelière allemande.
Où? A Athènes ou à Thessalonique ou dans une autre ville grecque de son choix.
Elle devrait saisir l’opportunité pour faire allusion à une nouvelle approche de l’intégration européenne qui commence dans le pays qui a le plus souffert, victime de la structure monétaire erronée de l’Europe et des erreurs de sa propre société.
Note pratique: laissez-moi vous informer, Mesdames et Messieurs, que nous avons parmi nous un grand ami et collègue, James Kenneth Galbraith, le fils du véritable auteur du Discours de l’Espoir de Byrnes,
John Kenneth Galbraith. S’il le fallait, je suis sûr qu’il pourrait aider à élaborer un discours qui pourrait changer l’Europe, tout comme l’a fait le discours de Byrnes en 1946.
Permettez-moi de terminer sur une note très personnelle.
Un des souvenirs les plus marquants de ma petite enfance est le grésillement émis lors de la radiodiffusion de la Deutsche Welle. C’était pendant les années sans espoir sous notre dictature de 1967 à 1974, durant lesquelles la Deutsche Welle était le plus précieux allié contre l’écrasant pouvoir de l’oppression étatique.
Ensemble maman et papa se serraient contre cette alliée sans prix, parfois recouverts d’une couverture pour être certains que des voisins curieux ne puissent les dénoncer à la police secrète. Nuit après nuit, ces émissions radio «interdites» apportaient un halo d’air frais depuis un pays, l’Allemagne, qui se tenait fermement aux côtés des démocrates grecs. Bien que j’étais trop jeune pour comprendre ce que la radio disait à mes parents écoutant avec ferveur, ma représentation enfantine identifiait l’Allemagne comme une source d’espoir.
C’est de cela qu’il s’agit. Dans cette optique, je termine par un hommage à mes amis allemands, qui gardent présents les grésillements de transmission de la Deutsche Welle, pertinents et toujours source d’inspiration.    •

Source: http://yanisvaroufakis.eu/2015/06/09/greeces-future-in-the-eurozone-keynote-at-the-hans-bockler-stiftung-berlin-8th-june- 2015/#more-8001  

(Traduction Horizons et débats)

Yanis Varoufakis

Yanis Varoufakis (né en 1961) étudia les mathématiques économiques à l’Université d’Essex et les statistiques mathématiques à l’Université de Birmingham. En 1987, promotion en économie en Essex, de 1986 à 1988 professeur et enseignant à l’Université de Cambridge, chargé de cours aux Universités de East Anglia de Norwich/UK (1986–88) et de Glasgow (1995–96).
De 1988 à 2002 professeur et enseignant à l’Université de Sydney. En 2000, il est nominé Professeur en économie à l’Université d’Athènes. Dès 2013, il est Professeur associé à la Lyndon B. Johnson Graduate School of Public Affairs à l’Université du Texas à Austin aux Etats-Unis.
En 2004, il est nominé par Giorgos Andrea Papandreou, président du PASOK, au poste de conseiller économique du parti. En décembre 2006, Yanis Varoufakis s’est distancé néanmoins de Papandreou, parce qu’il ne voulait pas soutenir la politique économique du PASOK. En 2015, il est élu pour Syriza au Parlement grec et le 27 janvier 2015 nominé par Alexis Tsipras en tant que ministre des Finances.

«Ce n’est pas que les Allemands n’ont pas assez payé pour les Grecs. Ils ont beaucoup trop payé, pour les mauvaises raisons. Plutôt que d’aider les Grecs, l’argent a été versé dans un trou noir de dettes insoutenables tandis que partout le peuple souffrait. De la croissance nourrie par la dette nous sommes passés en boucle à l’austérité alimentée par la dette.»


 «Soit bien dit, nos salaires ont baissé de 38%, pas de 17, pas de 18, pas de 28 mais bien de 38%. Certains diront: vous l‘avez bien mérité. Vous avez vécu au-dessus de vos moyens, vous n‘avez pas assez produit, vous étiez paresseux, avez fait de longues vacances et de longues pauses à midi. Peut-être, mais oublions cela. Je ne veux pas le contredire. J‘insiste sur ce qui suit: 38% de baisse des salaires, une baisse substantielle des coûts de production, et malgré tout des exportations minimes. C‘est du jamais vu, nulle part. C‘est un échec crucial. Les gens se plaisent à dire que c‘est parce que les Grecs n‘ont pas fait de réformes et admettons que rien ne s‘est passé. Même si ce n‘est pas correct, laissons cela pour l‘amour de l‘argument. Le fait qu‘on ait une telle baisse des coûts du travail sans la moindre augmentation des exportations signifie que quelque chose a vraiment cloché. Mais quoi? Disons les banques. En Grèce, nous avons des entreprises rentables orientées vers l‘exportation avec des carnets de commandes pleins, mais elles ne reçoivent pas de crédits. Ainsi, elles ne peuvent pas acheter les matières premières nécessaires à la production des produits que les clients hors des frontières de la Grèce désirent. Lorsque ces entreprises s’adressent aux banques, elles s‘entendent dire qu‘un crédit est impossible vu l’envergure des créances douteuses. Et si elles vont à Francfort ou à Paris, vous savez ce qu‘on leur dit? Transférez votre siège principal ici et on vous les donnera, ces crédits. Ce n‘est pas ainsi qu‘on peut mener une union monétaire.»

Prise de position du professeur Yanis Varoufakis lors du débat public après l’exposé à la fondation Hans Böckler, le 8 juin 2015.
(A écouter sur http://livestream.com/dmake/zukunft/videos/89664402; traduction «Horizons et débats»)

Die Zukunft Griechenlands in der EU

17:12 Écrit par franceweb dans 21CenturyWebArchive, Archive21stCentury, ArchiveWeb21, Articles, Europe, France, International, Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | |

« Comment imaginer que l’Allemagne et l’Italie puissent partager le même euro? »Les marchés restent ordonnés, mais…Bref le bon sens est du côté de Varoufakis, mais c’est lui qui démissionne.

« On a vécu sur une illusion, on a cru que rejoindre l’euro était irréversible. Maintenant, la confiance a disparu, et il sera très difficile de la restaurer. Si les Grecs peuvent s’en sortir en violant tous les engagements, il y aura un effet de contagion. Nous allons entrer dans une Union Monétaire d ‘une autre sorte. ce sera la fin de la zone de stabilité fiscale ». La fin de ce Pacte de stabilité, qu’en fait les pays du Sud -et la France- ne pouvaient respecter. Et Issing ajoute: « Comment imaginer que l’Allemagne et l’Italie puissent partager le même euro? »

 Les marchés restent ordonnés, mais…

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Les marchés semblent avoir pris conscience de la gravité de la situation, ils restent ordonnés, mais ils baissent à l’unisson. Pour les observateurs consciencieux, la complaisance n’est plus de mise, on a tendance à oublier que le monde global est à nouveau en situation de stress, il n’y a pas que la Grèce, il y a la Chine et Porto Rico. Porto Rico vient de démontrer que l’on n’a rien appris, rien compris, les assureurs de crédit se sont, une nouvelle fois fait piéger! Faut-il rappeler que ces sinistres arrivent alors que les taux sont à zéro, qu’il y a près de 10 trillions de liquidités dans le système crées depuis 7 ans et que les QE sont encore en place en Europe et au Japon !

Mise en garde du FMI

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Le Fonds monétaire international (FMI) a prévenu jeudi que la Grèce aurait besoin d’une prolongation des prêts accordés par l’Union européenne et d’une vaste annulation de dette si sa croissance économique est moins forte que prévu et si certaines réformes ne sont pas mises en œuvre.

Le FMI, qui fait partie avec la Commission européenne et la Banque centrale européenne des trois institutions supervisant la mise en oeuvre de réformes économiques en Grèce, juge que, même si la politique du gouvernement grec redevient conforme aux prescriptions des créanciers, les prêts consentis par les pays européens « vont devoir être prolongés de manière significative » et la Grèce aura besoin de nouveaux prêts à des taux inférieurs aux taux de marché (prêts concessionnels).

Ce rapport a été rédigé sur la base d’évaluations effectuées la semaine dernière, avant la fermeture provisoire des banques grecques et le non-remboursement mardi par la Grèce de 1,6 milliard d’euros dus au FMI.

Le gouvernement grec et ses partenaires de la zone euro ne parviennent pas à s’entendre sur un ensemble de réformes destinées à redresser les finances publiques du pays en échange d’une nouvelle aide financière.

Ce blocage, qui a empêché la prolongation d’un programme d’assistance financière arrivé à échéance mardi, aggrave la pénurie de liquidités de la Grèce et la menace à terme d’une sortie de la zone euro.

Lors d’une conférence téléphonique, un responsable du FMI a jugé qu’un allègement de dette devait être un élément essentiel de tout programme de sortie de crise.

Le FMI estime que la Grèce va avoir besoin de 36 milliards d’euros supplémentaires de financements européens sur un besoin global de financement additionnel de 50 milliards.

ANNULER LES PRÊTS BILATÉRAUX?

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Même dans le cadre du scénario actuel le plus optimiste du FMI et avec des prêts concessionnels jusqu’en 2018, l’institution basée à Washington estime que la dette de la Grèce représentera 150% de son produit intérieur en brut (PIB) en 2020 et 140% en 2022. Le ratio était de 177% fin 2014, selon Eurostat.

« En se fondant sur les seuils qui ont été convenus en novembre 2012, une décote impliquant une réduction de la dette de plus de 30% du PIB serait nécessaire pour atteindre les objectifs de dette fixés en novembre 2012″, dit le FMI.

La référence à novembre 2012 correspond à une réunion de l’Eurogroupe au cours de laquelle a été décidé un ensemble de mesures destinées à alléger le fardeau de la dette grecque avec l’objectif de la ramener à 124% du PIB en 2020.

Etant donné la trajectoire actuelle de la dette grecque, le FMI pense qu’une solution consisterait à porter à 20 ans le moratoire sur les remboursements et à 40 ans la période d’amortissement sur les prêts européens actuels et à fournir, selon ces mêmes termes, de nouveaux prêts pour les besoins à venir du secteur public au moins jusqu’en 2018.

Le responsable du FMI s’exprimant lors d’une téléconférence a déclaré que cette analyse avait été communiquée aussi bien à la Grèce qu’à la Commission européenne, même si les prévisions européennes en matière de besoins de financement sont inférieures à celles du Fonds.

« Une prolongation des maturités, c’est une initiative très spectaculaire », a-t-il insisté.

Dans le scénario du FMI où la croissance réelle de la Grèce serait plus basse, de seulement 1%, la dette grecque resterait au-dessus du seuil des 100% de PIB pendant les 30 prochaines années, même avec un allongement des maturités et de nouveaux prêts concessionnels.

« Un excédent primaire de moyen terme plus faible, de 2,5% du PIB, et une croissance réelle du PIB plus faible, de 1% par an, nécessiteraient non seulement des prêts concessionnels à taux d’intérêt fixes jusqu’en 2020 pour combler les manques ainsi qu’un doublement de la période de grâce et des maturités de la dette existante mais aussi une décote significative de la dette », écrit le FMI. « Par exemple, une annulation intégrale (des prêts bilatéraux consentis dans le cadre) du dispositif GLF (53,1 milliards d’euros) ou tout autre opération similaire. »

Varoufakis vient d’annoncer sa démission pour faciliter les négociations avec l’Europe.

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De fait Varoufakis dérangeait, car il était le seul compétent et il raisonnait en économiste, faisant valoir des thèses qui étaient favorables non seulement à la Grèce, mais également à l’ensemble européen. Varoufakis faisait valoir que la reprise économique Grecque bénéficierait à tous les pays et lèverait une incertitude, un vent contraire. Schauble qui lui pense en juriste Allemand. Il ne voulait pas entendre parler de Varoufakis.

Compte tenu du caractère profondément démocratique de l’Europe, c’est donc Varoufakis qui a annoncé son retrait.

On notera que le FMI est maintenant proche des thèses de Varoufakis, il pense que les dettes sont non remboursables et qu’en maintenir le principe est irréaliste; quant aux USA, ils font également pression pour que la situation soit débloquée par une restructuration de la dette.

Bref le bon sens est du côté de Varoufakis, mais c’est lui qui démissionne.

Nous sommes face à un problème politique, il faut pour avancer et débloquer la situation que quelqu’un accepte de perdre la face, c’est le gagnant, Varoufakis qui se sacrifie. Dans ses propos d’hier soir, Merkel semble moins intransigeante, la rencontre avec Hollande sera peut-être l’occasion de lâcher un peu de lest, non que Hollande puise avoir une influence, mais simplement parce que la rencontre offre un prétexte pour faire glisser les positions. Hollande ne s’est guère avancé à ce stade, il veut « que la Grèce reste dans l’Europe ». La gestion du dossier grec est devenu très difficile en raison de l’état de l’opinion publique Allemande.

Au plan technique, il faut maintenant trouver une solution pour assurer le fonctionnement monétaire du système Grec; les solutions sont multiples:

  • -émission d’euros autonome.
  • -émission de reconnaissances de dettes, façon Californie.
  • -nationalisation des banques.

La BCE semble avoir gelé le plafond de ses avances au titre de l’ELA.

Le « non » de la population au plan d’austérité proposé par les créanciers du pays était clair et net : plus de 60% lors du référendum. Malgré cette victoire pour le gouvernement, le ministre des finances, Yanis Varoufakis, a annoncé sa démission. Fier du vote de ses compatriotes, Varoufakis s’explique sur son blog. « Peu de temps après le résultat, j’ai été mis au courant d’une certaine préférence de participants à l’Eurogroupe et d’autres partenaires pour mon… absence lors des réunions », écrit-il. « Une idée que le Premier ministre a estimé potentiellement positive pour qu’il obtienne un accord. Pour cette raison, je quitte le ministère des finances aujourd’hui », ajoute-t-il.

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« Je considère qu’il est de mon devoir d’aider Alexis Tsipras à exploiter, comme il l’entend, le capital que le peuple grec nous a confié lors du référendum d’hier », poursuit Varoufakis, qui « portera l’aversion des créanciers avec fierté » et qui soutiendra « totalement le premier ministre Tsipras, le nouveau ministre des finances et le gouvernement ».

Vole en éclats. La philosophie allemande en défaut.

La position Allemande : Merkel est ouverte mais Elle n’est pas prête à faire des concessions

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Le porte-parole de Merkel s’est exprimé. Vous remarquerez le vocabulaire utilisé: « solidarité, effort », c’est un registre moral, juridique et absolument pas économique. Et c’est le drame de l’Europe, il y a une réalité qui n’est pas morale, mais objective -impossibilité de rembourser- et on lui oppose la morale et le juridisme. Les contrats, face aux crises, volent en éclats,  ce qui ne peut être honoré doit être abandonné, le « mort », comme nous disons souvent, doit laisser la place au »vif ». L’esprit Allemand est incapable de comprendre cela.

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Si Angela Merkel ne pense pas, contrairement à son vice-chancelier, que la Grèce « a rompu les ponts » avec l’Europe, elle n’est absolument pas prête à faire la moindre concession dit-on dans son entourage.

Avant de rencontrer François Hollande à l’Elysée, lundi à 18 heures, la chancelière allemande Angela Merkel a laissé son porte-parole, Seibert, indiquer en quelques mots comment elle voyait la situation après le référendum en Grèce.

Formellement, « la porte est toujours ouverte » à un accord avec Athènes, a dit Seibert, reprenant une phrase prononcée par la chancelière au Bundestag mercredi 1er juillet. Contrairement à son vice-chancelier, le président du Parti social-démocrate Sigmar Gabriel, la chancelière ne pense donc pas que la Grèce « a rompu les ponts » avec l’Europe.

« Compte tenu de la décision d’hier des citoyens grecs, les conditions pour des négociations sur un nouveau programme d’aide ne sont pas réunies « , a déclaré Seibert.

Selon lui, le vote de dimanche « est un rejet du principe qui a guidé les aides aux pays [européens en difficulté], le principe selon lequel la solidarité et les efforts sont indissociables », a poursuivi M. Seibert. Or, « le gouvernement allemand reste fidèle à ce principe » qui, selon lui, a fonctionné dans les autres pays qui y ont eu recours.

Ce principe du « donnant -donnant » est une imbécillité puisque « aide contre austérité » aboutit à ce que l’activité économique se réduise , la croissance disparaît, les moyens de rembourser s’évanouissent. Le principe invoqué est un principe d’échec! Le fait de mentir et de dire que pour les autres, cela a fonctionné ne change rien à l’affaire, car tout le monde sait que les deux pays concernés, l’Italie et l’Espagne n’ont qu’un succès cosmétique, maquillé, et que le réel, la production de richesse, l’emploi, l’investissement et surtout le passif du bilan, tout cela reste défaillant.

C’est en cela que l’affaire Grecque est grave, elle souligne, elle met le doigt sur la faille du système d’ajustement voulu par Merkel et accepté par Sarkozy. « Aide contre austérité », cela ne marche pas. L’économie, c’est une dynamique, pas un contrat! C’est dramatique car on ne voit aucune solution proposée. Nous le répétons, ce qui ne peut être payé ne le sera pas et dire le contraire est un non-sens qui empêche l’examen d’autres pistes telles que les restructurations, moratoires, conversions/swaps de dettes.

« Angela Merkel attend donc désormais ce qu’Alexis Tsipras a à dire aux Européens. Mais, pour elle, il ne saurait être question de négocier un troisième programme d’aide et encore moins de rediscuter de la dette ». Un allègement de la dette « n’est pas un sujet pour nous », a indiqué le porte-parole du ministère des finances, Martin Jäger. « Je ne vois pas de raison de nous lancer à nouveau dans cette discussion », a-t-il ajouté.

Tout se passe donc comme si l’Allemagne se préparait désormais à une sortie de la Grèce de la zone euro. Celle-ci deviendra inévitable au fur et à mesure qu’Athènes se révélera, faute d’accord avec ses créanciers, incapable d’honorer ses remboursements et que la Banque centrale européenne cessera d’assurer le financement de son économie.

Une sortie de la Grèce de la zone euro serait-il un échec pour Angela Merkel ? Evidemment, celle-ci ne le voit pas ainsi. Du moins ne le reconnaît-elle pas. Mercredi, au Bundestag, la chancelière a donné sa définition de ce qu’est un bon Européen.

« Je le dis clairement : un bon Européen n’est pas celui qui recherche l’unité à tout prix. Un bon Européen est celui qui respecte les traités européens ainsi que le droit national et qui, de cette façon, contribue à ce que la stabilité de la zone euro ne se détériore pas. » Hélas, cela s’appelle penser faux, car  dans ce domaine, ce qui compte ce n’est pas le respect de la parole, mais la possibilité concrète de respecter sa parole! On le voit, mois après mois avec la dérive Française, les dates butoirs pour le rééquilibrage sont cesse reportées, et elles finiront par être abandonnées.

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Contrairement à la plupart des autres pays de la zone euro, dont la France, l’Allemagne – conservateurs et sociaux-démocrates confondus – est désormais convaincue qu’une zone euro sans la Grèce serait plus stable qu’une zone euro dont les principes seraient bafoués par un de ses membres. Dans cette fausse logique, ne pas sauver la Grèce, c’est, pour les Allemands, d’une certaine façon, sauver l’Europe.

C’est en fait toute une conception de l’Histoire et de la philosophie qui est en cause, une conception qui nie le mouvement, qui nie la dialectique et le dépassement des antagonismes.

L’esprit positif Allemand ne peut intégrer le mouvement de l’Histoire et concevoir que ce qui a été fixé par les pères fondateurs de l’Europe, Kohl en particulier, soit dépassé, inadéquat. Les pères fondateurs ont conçu un carcan adapté aux préoccupations du moment-faire un euro solide, un euro-DM- ceci se révèle une faille qui met en danger l’esprit même du dispositif européen: la volonté des peuples de vivre ensemble.

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BRUNO BERTEZ Le 06/7/15

illustrations et mise en page by THE WOLF

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