POLITIQUE – Pour sensibiliser les candidats aux élections municipales à la pauvreté et à l’exclusion, les associations ne cessent de les interpeller. Ces actions médiatiques sont leur seul recours pour placer le débat dans la campagne alors que le sujet n’est pas très porteur pour les élus.

Avril 2013, onze mois avant les élections municipales de mars 2014. La Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (Feantsa) lance une campagne auprès des maires contre la criminalisation de la pauvreté. Il y a deux semaines, c’était la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars), qui envoyait un courrier aux candidats pour s’engager dans un pacte territorial de solidarité.

Le lendemain, le Samu Social de Paris, Emmaüs Défi et les centres Aurore proposaient un programme contre l’exclusion aux candidats à la mairie de Paris. Début mars, c’est au tour du Secours catholique, en partenariat avec 20 Minutes, de sensibiliser les candidats en publiant un sondage «Les maires face à l’exclusion et la pauvreté» où les élus estiment que la pauvreté gagne du terrain. Une série d’appels de la part du milieu associatif avec tous le même but: interpeller pour faire agir. «Nous voulons alerter les candidats et l’opinion et mettre les élus face à leur responsabilités», explique Florent Gueguen, directeur général de la Fnars.

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Une écoute mais peu d’actions

Ces actions sont souvent issues d’un constat mitigé concernant la place du débat social dans la campagne municipale. Pour bon nombre d’associations, la précarité est exclue de la campagne. «Le sujet passe à la trappe, il y a une sorte d’indignation passive», regrette le président d’Emmaüs Défi, Charles-Edouard Vincent. Alors que pour Patrick Doutreligne, directeur général de la Fondation Abbé Pierre, «la lutte contre la pauvreté dépend en partie de l’attitude des maires».

Pour les associations, il est plus facile de se faire entendre que d’engager des actions: «Les associations sont toujours écoutées. Mais dans la réalisation des actions, c’est plus compliqué», déplore Eric Pliez, président du Samu Social de Paris et directeur des centres Aurore. Cependant tous s’accordent à dire qu’il existe des disparités en fonction des maires et des territoires.

«Le sujet n’est pas très sexy pour les électeurs»

Les élus accorderaient aussi moins d’importance à ce thème par souci électoral. Selon le directeur général de la Fnars, «les candidats viennent quand nous provoquons le débat mais ça se complique ensuite car le sujet n’est pas très sexy pour les électeurs.» Une abstention élevée dans les foyers aux revenus les plus faibles pourrait également expliquer ce silence relatif.

L’image de la commune serait aussi en jeu: «On se heurte à des candidats qui n’en font pas une priorité car ils n’ont pas envie d’accueillir des pauvres», ajoute le représentant de la Fnars. Pour le président du Samu Social de Paris, il y également un sentiment d’impuissance face à cette augmentation: «Les pauvres, ce n’est pas un sujet porteur», conclut-il.

Colette Dupuis

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