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28/02/2019

M.C.O SARTROUVILLE (78500) - 0139158035 -Arnaques à la clé ! à Poissy>Gare au dépannage d’urgence de serruriers >Voici quelques conseils pour éviter les arnaques>Demandez : « Vous n’utilisez pas une feuille de radio ? »

Gare au dépannage d’urgence de serruriers : arnaques à la clé !

«  Un samedi à 18h30, je sors de chez moi la tête un peu ailleurs et je claque la porte avec les clés à l’intérieur  !  » raconte Younès M., un de nos riverains. Dans l’urgence, il appelle un serrurier qu’il ne...

«  Un samedi à 18h30, je sors de chez moi la tête un peu ailleurs et je claque la porte avec les clés à l’intérieur  !  » raconte Younès M., un de nos riverains. Dans l’urgence, il appelle un serrurier qu’il ne connaît pas.

«  Au total, cela m’a coûté 1 800 euros, soit un mois de salaire... » Younès s’estime escroqué, comme les 860 personnes qui ont porté plainte auprès de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) en 2010. 

«  Au téléphone, le serrurier m’informe que cela me coûtera 130 euros pour l’ouverture de la porte  », explique Younès. Une heure et demie plus tard, le serrurier arrive, examine la serrure, annonce à Stéphane qu’il va falloir percer la porte. « Finalement, cela me coutera 180 euros. » Puis il faudra changer la serrure, qui vaut «  400-450 euros  », d’après le commerçant. Pressé de rentrer chez lui, Younès accepte sans réfléchir.

Seulement, après avoir ouvert la porte, le dépanneur affirme qu’il s’agit d’une serrure spéciale, il faut donc compter «  889,90 euros  ». Younès signe un premier devis de 1 413,59 euros. Devis et chèque en poche, le serrurier part acheter le matériel. Il revient avec une mauvaise nouvelle, il a oublié de compter le «  montage à blanc du canon facturé à 426 euros  ». Encore une fois, Younès accepte. Pourtant, il ne signe le deuxième devis de 1 863,02 euros, portant la mention «  devis reçu avant l’exécution des travaux  » qu’après le changement de la serrure.

Des prix libres et pas de diplôme de serrurier

Younès a bien été victime d’une escroquerie, le serrurier aurait pu ouvrir la porte à l’aide d’une radiographie pliée en deux, technique fréquemment utilisée par les artisans honnêtes. Pourtant, il n’a rien fait d’illégal. «  Le gonflement des prix est légal  », assure Marie Taillard, de la DGCCRF. «  Ce qui ne l’est pas, c’est l’abus de faiblesse  », mais il reste difficile à prouver.

«  Une fois le devis signé, le recours est pratiquement impossible. »

Et c’est là le vrai problème, les artisans respectent scrupuleusement la réglementation. «  On ne peut dresser un procès-verbal que s’il y a eu infraction aux règles de facturation ou d’obligation d’information  », affirme Marie Taillard.

Ces règles sont assez strictes. Le code de la consommation stipule :

  • le devis est obligatoire si le montant estimé des réparations est supérieur à 150 euros ; 
  • il doit être signé avant l’exécution des travaux ; 
  • lors d’une intervention, l’entreprise est tenue de communiquer au client les taux horaires de main-d’œuvre et les prix des différentes prestations forfaitaires proposées.
  • Mais il n’y a pas de prix règlementaire. Elle explique :
  • «  C’est le problème d’une économie avec des prix libres, la responsabilité revient au consommateur. »
  • Il n’existe pas non plus de diplôme de serrurier. N’importe qui peut officier, à partir du moment où il est référencé au répertoire des métiers ou à la Chambre du commerce.

« J’ai pris le numéro d’un carton trouvé dans ma boîte aux lettres »

La technique demeure invariablement la même. Les artisans malhonnêtes choisissent des noms d’entreprises commençant par A ou B, pour être mieux référencés sur le Net et les pages jaunes. «  Ils savent très bien que les gens choisissent toujours les premiers sur la liste  », commente Marie Taillard. Ou alors, ils affichent leur coordonnées dans le hall des immeubles avec des sigles de la mairie ou du conseil général. Younès confirme :

«  J’ai pris le numéro d’un petit carton “ Numéros utiles dans votre région ” que j’avais trouvé dans ma boîte aux lettres. »

Après avoir détruit la serrure avec une perceuse ou à coups de marteau, ils informent le consommateur qu’il va falloir la remplacer. Enfin, ils poussent le client à faire une fausse déclaration à l’assurance. «  Ils cherchent à nous mettre en position illégale, et quelques fois, ils appellent eux même l’assureur. Après, on ne peut plus revenir en arrière  », rapporte Younès.

Un internaute anonyme témoigne sur un forum  :

«  Sans scrupule, le serrurier m’a vendu une serrure 1 200 euros au lieu des 400 qu’elle vaut réellement, me promettant que le chèque ne serait pas encaissé avant le remboursement de l’assurance.
Le serrurier m’a fait signé le devis après les travaux, en même temps que la facture, sur laquelle était bien stipulé qu’il s’agissait d’un acte de vandalisme. L’expert de l’assurance passe, il ne constate aucune effraction et l’assurance ne couvre pas l’affaire  ».

« C’est la multiplication des amendes qui va arrêter le commerçant »

Il arrive quelques fois que ces artisans peu scrupuleux soient traduits en justice, et qu’ils aient une amende à payer. « La DGCCRF ne peut pas les empêcher d’exercer. Bien souvent, c’est la multiplication des amendes qui va arrêter le commerçant », signale Marie Taillard, qui exhorte tous les consommateurs victimes d’arnaques à porter plainte à la DGCCRF (par simple lettre avec tous les documents requis) et auprès d’une juridiction civile.

Le remboursement n’est pas assuré, mais cela permet à la Direction de la répression des fraudes de constituer un dossier, de mener une enquête et de poursuivre l’artisan en justice. Marie Taillard reconnaît cependant que dans la plupart des cas, la DGCCRF n’a pas de compétences pour dresser un procès-verbal.

«  Si le dépanneur a respecté les règles de tarifications, seul le juge civil peut apprécier les conditions autour de la réparation et juger qu’il y a eu excès de prix, voire abus de faiblesse. »

Demandez : « Vous n’utilisez pas une feuille de radio  ? »

«  C’est au consommateur de faire attention  », prévient Mme Taillard. Voici quelques conseils pour éviter les arnaques  :

  • prendre le temps de trouver un artisan honnête avant de se retrouver devant le fait accompli, en téléphonant à des associations d’artisans ou en demandant à son voisinage ;
  • demander les frais de déplacement, le taux horaire et surtout le forfait ouverture de porte, au téléphone. Si le commerçant refuse de répondre, raccrochez. Vérifiez à nouveau les tarifs avec lui une fois qu’il est arrivé ;
    • demander un devis AVANT l’exécution des travaux, il est obligatoire au-delà 150 euros. Il ne faut surtout pas le signer si le prix est trop élevé. Une fois signé, il est quasi-impossible de revenir en arrière ;
    • montrer au serrurier que l’on s’y connaît un peu, en demandant par exemple « Vous n’utilisez pas une feuille de radio  ?  », ce qui suffit dans la plupart des cas ;
    • ne pas laisser l’artisan emporter la pièce d’origine, ni le devis ;
    • choisir un serrurier qui travaille avec les assurances ;
    • faire confiance à un serrurier qui dispose d’une boutique et qui fait partie d’un réseau agrée par les fabricants de serrures, comme Point Fort Fichet ;
    • éviter de payer en liquide et sans avoir de facture.
    • Younès a porté plainte à la police, ce qui lui a permis de faire opposition au chèque. La banque a tout de même bloqué la somme pour ne pas se rendre coupable de fraude. Le jeune homme a envoyé un courrier en recommandé au serrurier malhonnête l’informant qu’il avait porté plainte auprès de la DGCCRF. Ce dernier lui a proposé de réduire la facture de moitié.
  • Gare au dépannage d’urgence de serruriers.pdf

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24/02/2019

Charles Péguy>Constituer une Cité> La « famille élargie »Parenté et famille à l’épreuve du changement urbain>Kant explique que si nous envisageons les républiques autrement « Le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles »China

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ETRE LIBRE, le grand chantier de l'existence

Michael Doyle : le libéralisme, entre guerre et paix

À quelles conditions une démocratie doit-elle faire la guerre ?

par Marieke Louis , le 22 février

traduit par Catherine Guesde
La guerre et la démocratie sont-elles compatibles ? Comment penser les conditions des interventions armées au niveau international ? Au cours de cet entretien, Michael Doyle convoque différents théoriciens du libéralisme afin d’éclairer les relations internationales contemporaines.
Michael Doyle est Professeur des Universités à Columbia, New York. Il enseigne les relations internationales au département de Science politique, à l’Ecole supérieure des affaires publiques et internationales, et de la faculté de droit. Ses recherches portent sur les théories des relations internationales, le droit international, l’histoire internationale et, plus particulièrement, sur la consolidation de la paix sur le plan international et les Nations Unies. Il a enseigné à l’Université de Princeton, à John Hopkins, ainsi qu’à l’Université de Warwick au Royaume Uni. Entre 2001 et 2003, il a été conseiller spécial au Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan sur les questions de planification stratégique (les « objectifs du Millénaire pour le développement »), de responsabilisation des entreprises au niveau international (le Pacte Mondial ou Global Compact).

Publications mentionnées au cours de cet entretien :
- Ways of War and Peace : Realism, Liberalism, and Socialism, W.W. Norton, 1997.
- Striking First : Preemption and Prevention of International Conflict, Princeton University Press, 2008.
- Liberal Peace : Selected Essays, Routledge, 2012.

Kant explique que si nous envisageons les républiques autrement – c’est-à-dire comme de véritables républiques fondées sur la séparation des pouvoirs et sur l’idée de liberté –, nous serons en mesure de résoudre le problème de la paix : ces républiques s’imposeraient en effet d’elles-mêmes des restrictions, et respecteraient l’autonomie des autres États – autonomie reflétant celle des citoyens qui les contrôlent. Ce sont là les bases du Projet de Paix perpétuelle et les trois conditions d’une paix républicaine : les États doivent être républicains, il faut qu’ils signent un traité de paix, et qu’ils créent un ordre cosmopolite qui autorise les contacts de part et d’autres des frontières. Selon lui, un tel monde nous permettrait d’être libres au sein de notre pays, de respecter les droits cosmopolites et d’être en paix avec les autres républiques. Pour lui, Rousseau n’avait fait que la moitié du travail en envisageant une république démocratique ; il n’avait pas résolu le problème de la paix. Kant considérait qu’il pouvait faire les deux.

Kant nous aide à comprendre la manière dont se comporte réellement un État libéral. Il affirme que les États libéraux ne sont, de manière générale, pas pacifiques, même s’ils sont aussi réticents à faire la guerre. Leur caractéristique principale est qu’ils devraient être, peuvent être et sont pacifiques entre eux. Il s’agit d’une paix séparée c’est-à-dire propre aux États démocratiques entre eux. Cela ne signifie pas qu’ils ne font pas la guerre. Il peut y avoir de nombreuses guerres s’ils sont entourés d’États non libéraux. Certaines de ces guerres sont défensives ou préventives – si ces États non libéraux les attaquent ou les menacent notamment. Cependant – et c’est tout aussi important –, ces États libéraux sont traversés par des pressions pouvant conduire à la guerre : des guerres commerciales, visant à protéger la propriété privée, et des guerres idéologiques. Il s’agit là d’actes que Kant condamne sur un plan éthique, car il les juge mauvais et imprudents, mais il les comprend comme étant inscrits dans la nature des États qui pratiquent le commerce. Et ce sont-là des logiques effectivement à l’œuvre dans les relations internationales des États libéraux.

Charles Péguy.jpgPéguy hors système

L’inclassable Charles Péguy serait-il, finalement, un philosophe ? C’est la thèse que défend Camille Riquier, qui rassemble dans l’œuvre et l’existence (indissociablement liées) de l’écrivain les éléments d’une philosophie de l’action, en marge des systèmes.

Le livre manquant de Charles Péguy ?

La première ambition de ce travail est grande : exposer avec clarté la cohérence d’une philosophie. C. Riquier y parvient. Ceux qui ont peu lu Péguy y trouveront de quoi entrer dans une œuvre profuse et complexe. Ses lecteurs aguerris verront apparaître, au milieu d’éléments bien connus, des perspectives qui avaient pu leur sembler obscures ou cachées. C. Riquier mobilise ainsi une connaissance intime des textes de Péguy au profit d’une grande profondeur d’analyse, servie par un style clair et vigoureux. Cette proximité avec son sujet conduit parfois l’auteur à adopter un ton apologétique, mais c’est un biais courant chez les péguystes.

La seconde ambition de C. Riquier, plus originale, pose question. Péguy, le poète, le pamphlétaire, le journaliste, le politique, l’écrivain, anarchiste, socialiste, dreyfusiste, patriote, chrétien, serait avant tout un philosophe mais qui jamais ne livra l’œuvre philosophique qu’on aurait pu espérer de lui. Nul traité de référence, aucune thèse aboutie, mais une philosophie qui trouve place dans tout le corps de son œuvre, par petites touches, avec force discrétion. Or, en proposant de remettre de la cohérence dans un ensemble éclaté, C. Riquier veut tenter – selon ses mots – de composer le livre de philosophie que Péguy n’a pas écrit. L’ambition est vertigineuse. Elle a le mérite d’être assumée puisque C. Riquier conclut ainsi son texte : « nous avons cherché (…) que ce livre fût de lui plus encore que sur lui et comme l’œuvre espérée » (p. 546). Avouons que notre adhésion presque totale à cet ouvrage s’est arrêtée à ce seuil. Car si Péguy ne nous a pas offert cette œuvre unifiée, ce n’est pas un hasard. Sa conception de l’action philosophique fondée sur l’insertion dans la vie l’en empêchait.

Exposer la philosophie de Péguy n’est pas une mince affaire. On aurait pu imaginer isoler des concepts. Ce serait un non-sens : la pensée de Péguy est une tapisserie dont les fils s’enchevêtrent pour composer une unité. Un fil isolé n’a nul intérêt. On aurait pu aussi penser à une réflexion sur l’inscription de Péguy dans une tradition philosophique, sous un angle plus historique. L’approche aurait été trop didactique et aurait manqué la singularité péguyste. C. Riquier a préféré construire sa démonstration en suivant la chronologie des textes. C’est la seule manière de saisir le flux d’une pensée qui, plus qu’en évolution, connaît un approfondissement et un élargissement, au rythme d’une vie. Les trois parties de l’ouvrage illustrent ce cheminement : l’innocence ; la chute ; le salut. L’innocence est celle du socialisme adolescent, qui voit dans l’Affaire Dreyfus l’événement élu qui va permettre à la cité socialiste d’être fondée. La chute est celle d’un dreyfusisme qui se corrompt et d’une mystique qui finit dans cette politique dont Jaurès est la figure honnie. C’est aussi la domination de l’argent dans un monde moderne qui avilit. Le salut, enfin, est l’espérance chrétienne retrouvée face au désespoir personnel et à la certitude que la guerre vient inexorablement.

Combattre le mal universel

La philosophie de Péguy est avant tout en action. Elle a une portée morale et politique. Morale parce qu’elle répond à une nécessité intérieure, personnelle. Politique parce qu’elle propose une Cité à construire sur ce fondement moral.

Le mouvement initial est imprimé par un refus : celui du mal. Il peut prendre la forme de la misère économique, contre laquelle le jeune socialiste se révolte. Il a le visage de l’injustice que combattra le dreyfusiste de la première heure. C’est la domination, l’excès de pouvoir, le mensonge, la violence, les pogroms, la colonisation... Et c’est aussi la damnation pour le chrétien qu’il fut dans la seconde partie de sa brève existence.

Une dénonciation désincarnée ne peut suffire. Péguy se sépare ici du kantisme dont il est pourtant proche, ce kantisme dont il écrivait dans une formule célèbre de Victor-Marie, comte Hugo, en 1910, qu’il « a les mains pures mais […] n’a pas de mains ». Ce combat ne peut être mené qu’à deux conditions : la lucidité et la vérité. Il faut toujours dire ce que l’on voit mais plus encore voir ce que l’on voit. Le prix à payer est cher : se maintenir dans « l’axe de détresse », comme il l’écrit, c’est-à-dire demeurer dans l’inquiétude ou, pour reprendre un terme attaché à l’œuvre de Pessoa, dans l’intranquillité. De cette exigence d’ordre moral, qui est le soubassement de la pensée et de la vie de Péguy, naît une tension permanente à laquelle il va s’astreindre au prix de grandes souffrances intérieures.

Le fil conducteur de la philosophie de Péguy est la lutte contre le mal, le malin. Si C. Riquier sous-titre son livre, « Mémoires d’un imbécile », c’est en référence aux propos mêmes de Péguy qui assume cette part de naïveté, d’innocence ou tout simplement de vérité face aux malins qui cherchent toujours à tromper. Cette imbécillité, Péguy la partage avec le peuple qui se trouve souvent désarmé face à la démagogie et à ses entraînements. Et pourtant, la révolution qu’il espère est celle de la conscience, de la conversion et de la justice, car, comme il l’écrit en 1905 dans Les suppliants parallèles  : « Le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles ».

Constituer une Cité

Le normalien, qui manqua l’agrégation de philosophie et y renonça ensuite pour s’engager, pense et agit en philosophe, et pour C. Riquier c’est en l’abordant comme tel qu’on perçoit, plus que l’unité d’un parcours, une fidélité. Une fidélité au peuple dont il est issu, avec lequel l’intellectuel devenu parisien nourrit des relations complexes. Une fidélité à un idéal de justice. Une fidélité à ce qu’il entend être.

Conformément à une certaine tradition française, illustrée par Montaigne, Pascal ou Rousseau, qui allie style et pensée, Péguy refuse tout système. « Heureux les systématiques », raille-t-il dans un texte de 1905. Cinq ans auparavant, dans Encore de la grippe, il écrit : « je ne suis pas très partisan des spéculations immenses, des contemplations éternelles. Je n’ai pas le temps. Je travaille par quinzaines. Je m’attache au présent. Il en vaut la peine ». À l’ordre mort ou mortifère des systèmes, il oppose le « fatras » vivant (p. 73), lui qui affirme, dans Casse-cou en 1901, n’avoir « aucun besoin d’unifier le monde ». Cette vitalité philosophique, il va lui donner corps dans ce projet qui sera son œuvre et sa vie : les Cahiers de la quinzaine, fondés en janvier 1900. Il ne s’agit pas là d’une simple revue, créée pour s’affranchir de la discipline intellectuelle imposée au sein du mouvement socialiste qui s’unifie. Avec les Cahiers, Péguy entend constituer une amitié, une cité, une République composée de ses auteurs et de ses lecteurs. C’est bien là une utopie, mais concrète et active.

Pour Péguy, « la révolution sociale sera morale ou ne sera pas ». Cette révolution doit passer par une conversion personnelle et, de proche en proche, il sera possible de lutter contre le mal. En offrant à chaque lecteur, membre de cette cité terrestre, des pans de vérité et de réalité, notamment par des documents bruts, en mettant en lumière les injustices à combattre, Péguy veut amener à ces conversions, sans conférer à ce mot une acception religieuse. Le format de la revue est adapté à ce projet. Par son caractère collectif, elle forme communauté, même si au fil du temps l’œuvre personnelle de Péguy nourrit de plus en plus exclusivement les Cahiers. La périodicité – la quinzaine – est tout aussi essentielle. Elle suit le cours de l’événement qui est notre maître intérieur, selon la formule d’Emmanuel Mounier. Cette méthode consiste à s’insérer dans l’actualité pour faire affleurer les structures profondes du monde tel qu’il est. Elle fait de Péguy ce que J. Julliard, reprenant Maurice Clavel, appelait un « journalisme transcendantal ».

On aurait aimé, avec C. Riquier, aborder ici bien d’autres points qui fondent la philosophie péguyste : l’histoire et la mémoire, le langage, le temps, la religion. Il aurait fallu aussi évoquer le dialogue que Péguy noue avec Pascal, Descartes ou Bergson. C. Riquier, spécialiste reconnu de l’œuvre de ce dernier, montre comment Péguy, qui fut si proche de lui, n’en fut ni l’élève ni le disciple mais entra en résonance avec sa philosophie pour la déployer sous d’autres horizons (p. 373 sq.). On renverra notamment aux passages consacrés à la manière dont Péguy retravaille la durée bergsonienne pour montrer comment l’histoire commune pénètre chacun d’entre nous, comment il entre dans notre durée individuelle des durées plus larges qui nous insèrent dans une temporalité, une lignée et une communauté, par un phénomène d’incorporation ou d’incarnation du temps à travers la mémoire.

Il aurait fallu aussi aborder cette capacité de Péguy à penser la pluralité des êtres et d’abord la sienne. Le recours aux pseudonymes lui permet de nouer des dialogues entre les facettes de sa personnalité et de sa pensée. Se mêlent ici philosophie de la pluralité et jeu littéraire qui n’est pas sans évoquer Pessoa et l’usage des hétéronymes. La part si personnelle que Péguy livre dans ses écrits, poétiques ou en prose, nous semble faire de son œuvre une grande création littéraire, esthétique. Et c’est cette capacité de Péguy à accorder sa singularité à des enjeux universels qui fait de lui un véritable artiste, plus encore qu’un philosophe.

À propos de : Camille Riquier, Philosophie de Péguy ou les mémoires d’un imbécile, Puf, 2017, 549 p.

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Les quartiers populaires comme laboratoire social d'interconnaissance

Classique des sciences sociales, Le village dans la ville de Michaël Young et Peter Wilmott, réédité en France, est d’une brûlante actualité pour comprendre les échecs des politiques de la ville. Modèle d’enquête ethnographique, il traite avec brio des aspects familiaux du relogement et du rôle du quartier dans la socialisation.

La réédition d’un classique des sciences sociales comme Le village dans la ville intéressera de nombreux lecteurs au-delà même d’un public averti. La première qualité du livre, bien rendue par la traduction d’Anne Gotman, tient en effet à l’écriture limpide et vivante d’un ouvrage qu’on lit presque comme un roman, roman dont les héros seraient les familles populaires de l’Est londonien. Au-delà du plaisir de lecture, le livre de Young et Willmott propose surtout des analyses sociologiques stimulantes, soutenues par des matériaux d’enquête variés et omniprésents dans l’ouvrage.

Publié en 1957 à Londres, puis une première fois en français en 1983, le livre est le résultat d’une enquête de trois ans sur un quartier populaire de Londres au début des années 1950, sur ses habitants et, notamment, sur des ménages quittant ce quartier de Bethnal Green pour être relogés dans une cité plus éloignée et nouvellement construite par le London County Council, celle de Greenleigh. La première partie du livre est consacrée à Bethnal Green, aux modes de vie des familles qui y vivent et aux manières dont la parenté structure les relations sociales et la vie du quartier. La seconde partie se tourne vers Greenleigh pour découvrir ce qui se passe, se maintient, mais surtout se transforme pour ces familles lorsqu’elles quittent leur quartier d’origine pour être relogées.

L’enquête fait la part belle aux méthodes qualitatives, en particulier à la démarche ethnographique, en mobilisant de nombreux entretiens et des observations in situ, facilitées notamment par l’installation d’un des sociologues dans un logement du quartier. Chemin faisant, l’ouvrage permet d’aborder des questions classiques de la sociologie de la famille et de la parenté, d’observer les caractéristiques et les métamorphoses des quartiers populaires de Londres et, d’interroger les effets et les enjeux de certains leviers des politiques de la ville. Sa réédition, augmentée d’une double préface, est aussi l’occasion d’interroger sa portée sociologique et ses échos actuels.

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IMG_20190224_160455.jpgIMG_20190224_160458.jpgIMG_20190224_160703.jpgIMG_20190224_160448.jpgParenté et famille à l’épreuve du changement urbain

Consacrée à Bethnal Green, la première partie de l’ouvrage met au jour l’emprise des relations familiales sur la vie du quartier et de ses habitants. La famille a tendance à y monopoliser les activités et l’emploi du temps des ménages, y compris chez les jeunes époux, qui choisissent majoritairement de rester vivre près de leurs familles d’origine. Les liens familiaux apparaissent ainsi au fondement des structures sociales locales, en particulier les liens qu’entretiennent mères et filles. Willmott et Young montrent que ces derniers ne sont pas altérés par le mariage de la fille, mais, au contraire, renforcés et intensifiés par les échanges, conseils et soutiens dans l’apprentissage des rôles domestiques et du rôle de mère que découvre la fille lorsqu’elle devient mère à son tour. Les chapitres 4 et 5 décrivent alors l’influence décisive de la mère dans la vie des époux, la figure de « Mum » y est omniprésente et oblige le gendre à « courtiser la belle-mère » (p. 58), qu’il fréquente davantage que sa propre mère. « La mère de l’épouse est la maîtresse de la famille » (p. 62) et occupe une place centrale dans l’intégration à la parentèle, comme le montrent différentes pratiques finement étudiées : l’assistance de la mère lors des accouchements ou maladies, le thé quotidien pris chez Mum, les repas plus ou moins formels à son domicile.

À Bethnal Green, la « famille » englobe ainsi beaucoup plus que le triangle père-mère-enfants et peut être assimilée à une organisation « quasi tribale » : c’est le résultat central de la première partie de l’ouvrage. La « famille élargie » intervient dans la plupart des activités (travail, loisirs, sorties, sociabilités, logement) par le biais de la fratrie, des cousins, oncles, tantes, et surtout pères et mères des époux. Quand la famille informe sur une offre d’emploi, quand les liens de parenté deviennent un critère d’attribution du logement pour les institutions municipales ou quand l’on croise dans la rue, dans une même journée, cousins, tantes, parents et beaux-parents, comment réduire la famille au ménage ? De fait, à Bethnal Green, le ménage n’est plus l’entité élémentaire de la vie familiale ou de la vie sociale locale, et c’est l’ensemble du réseau de parenté qui organise et structure la vie des individus. Le dernier chapitre consacré à Bethnal Green insiste sur le fait que « la parentèle constitue alors un pont entre l’individu et la communauté » (p. 89). La famille ne clôt pas l’univers relationnel des couples, ni de leurs enfants : elle ouvre, au contraire, une première voie dans l’intégration sociale locale en favorisant les liens avec l’extérieur et la densité des relations avec les autres habitants. Les auteurs y voient donc plus une ressource qu’un carcan, même si certaines pressions familiales s’avèrent parfois conflictuelles....

Le texte de Jean-Hugues Déchaux retrace les liens à établir entre ce livre et des débats contemporains en sociologie de la famille et rappelle combien le travail de Willmott et Young constitue, dans les années 1950, un « pavé dans la mare » des approches fonctionnalistes dominantes. Sous l’égide de Parsons en effet, les sociologues américains soutiennent alors l’hypothèse d’un affaiblissement historique des liens familiaux et d’une nucléarisation croissante de la famille contemporaine (Parsons, 1955). Or, le cas de Bethnal Green amène à des résultats tout à fait inverses mettant en lumière le décloisonnement quotidien et affirmé de l’unité élémentaire de la famille nucléaire. Si pour de nombreux lecteurs, le « chacun chez soi » de Greenleigh peut apparaître, en revanche, comme l’avènement annoncé de la famille nucléaire, Jean-Hugues Déchaux note que les interprétations à ce sujet sont variées et n’aboutissent pas nécessairement à une vision évolutionniste de la famille. Il rappelle, à juste titre, que la sociologie des réseaux sociaux s’est notamment nourrie de travaux comme ceux de Willmott et Young pour penser simultanément la famille élargie, la parentèle comme système de relation, mais aussi le rôle et la place d’ego dans ces relations, ses intérêts spécifiques et ses engagements relationnels plus ou moins prononcés. Dès lors, il n’est plus tellement question d’opposer historiquement la famille nucléaire moderne se substituant à une famille traditionnelle élargie et communautaire, mais de penser les variations des formes de parenté et la diversité des manières de « faire famille »...

De manière plus générale encore, Le village dans la ville infirme l’idée selon laquelle la modernité se caractériserait par un affaiblissement des liens familiaux accompagnant et accentuant l’individualisme croissant des sociétés contemporaines. On a souvent décrit, en sociologie, les crises de l’institution familiale et le caractère de plus en plus fragile des liens familiaux et conjugaux. De Bethnal Green à Greenleigh, des années 1950 à aujourd’hui, la famille a changé et s’est diversifiée, c’est incontestable. Elle reste, néanmoins, non seulement une instance de socialisation primordiale mais aussi, tout au long de la vie, un pourvoyeur de ressources, un vecteur de solidarités et parfois, une charge non négligeable. En France, les résultats de l’enquête « Proches et Parents » montrent clairement que la famille et les parents restent des soutiens décisifs tout au long de la vie et les travaux de Catherine Bonvalet confirment le rôle de la famille élargie dans la vie des citadins, en particulier dans leurs parcours et leurs choix résidentiels (Bonvalet, 2003). De ce point de vue, le texte de Jean-Hugues Déchaux apporte un éclairage intéressant sur Le village dans la ville en rappelant son influence sur la sociologie de la famille et de la parenté. Quelles que soient la forme et les frontières de cette famille, le livre de Willmott et Young rappelle, en filigrane, qu’elle reste une dimension importante de la vie sociale et nourrit encore, à ce titre, bon nombre de recherches sociologiques.

Pour citer cet article

Référence électronique

Patrick Cotelette, « Michael Young et Peter Willmott, Le village dans la ville. Famille et parenté dans l'Est londonien », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2011, mis en ligne le 03 février 2011, consulté le 24 février 2019. URL : http://journals.openedition.org/lectures/1257

Les politiques de la ville à l’épreuve de l’enquête

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La communication

Des relations interpersonnelles aux réseaux sociaux

mai 2016 - 400 pages - ISBN : 9782361063627

De la conversation ordinaire aux grands médias de masse, des échanges privés à la communication dans l’entreprise, du téléphone portable à Internet, des panneaux routiers aux satellites, la communication est partout et a envahi nos vies. Les Sciences de l’information et de la communication se sont constituées pour tenter de penser le phénomène. De la communication interpersonnelle aux réseaux sociaux, elles empruntent des voies méthodologiques et explorent les territoires les plus divers. Pluridisciplinaires par nature, elles ne possèdent ni paradigme ni champ de recherches unifié. Mais ce polycentrisme en fait aussi un lieu de rencontre privilégié pour l’étude de nos sociétés contemporaines. Aujourd’hui, l’essor d’Internet et la « révolution numérique » suscitent de nombreux questionnements sur les transformations qu’elle engendre, tant pour l’homme que pour la société.

Cet ouvrage propose le bilan de plus de cinquante ans de recherches sur la communication et fait le point sur les grands enjeux liés aux révolutions des nouvelles technologies.

Nouvelle édition, entièrement revue et actualisée en 2016.

 
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23/02/2019

PoissySmartCity,La réforme Macron de l’université, Un lieu de production et de formation à la recherche. L’université survit à l’ombre des grandes écoles

La réforme Macron de l’université.

par Stéphane Beaud & Mathias Millet , le 20 février 2018
Alors que l’université accueille les enfants de la démocratisation scolaire, la réforme Macron permet aux établissements d’enseignement supérieur de sélectionner leurs étudiants. Défendant l’université comme lieu de formation et de recherches, S. Beaud et M. Millet invitent à s’interroger sur le sens de la poursuite d’études dans une société démocratique.

Au moment où commencent les choses sérieuses, à savoir la mise en place concrète de la loi ORE (Orientation et Réussite des Étudiants) qui, à travers la production par chaque formation universitaire de prérequis (appelés « attendus »), remet en cause le principe sacré de la liberté d’accès à l’université de tous les bacheliers de France et de Navarre [1], ce texte souhaite revenir sur certains enjeux de cette réforme qui semblent insuffisamment évoqués dans les débats en cours. Celle-ci est en effet historique dans la mesure où, depuis l’échec du projet Devaquet de 1986, toute idée de sélection à l’université a été exclue par les gouvernements de notre pays. Or cette loi, malgré ses précautions sémantiques, vise à faire sauter ce verrou et entrer l’université française dans une nouvelle ère.

Au delà des questions pratiques, bien sûr importantes, que pose le pilotage de cette réforme et de la situation actuelle de l’université, affaiblie par la conjonction de 10 ans de LRU, de disette budgétaire et de plusieurs décennies d’accroissement des effectifs étudiants, il apparaît essentiel de replacer au cœur des débats la réflexion sur la fonction sociale de l’université en France. Depuis 30 ans, il a été assigné à la plupart des formations universitaires (hormis le secteur de Médecine/Pharmacie, protégé par le concours de fin de première année) la fonction d’accompagner, le plus souvent avec les moyens du bord, le puissant mouvement de poursuite des études issu de ce qu’on a coutume d’appeler la « seconde explosion scolaire » [2] (Chauvel, 1998). Aussi l’université a-t-elle été avec les STS [3], de tous les segments de l’enseignement supérieur, celui qui a accueilli la plus forte proportion des « enfants de la démocratisation scolaire » (Beaud, 2002) issus de la politique des 80 % au bac décidée par J.-P. Chevènement en 1985. La loi ORE vise clairement à rompre avec cette mission. Elle donnera sans doute satisfaction à tous les partisans du tour de vis qui espèrent ainsi pouvoir choisir (enfin) leur public. Mais elle laisse en suspens, dans le flou ou le non-dit, la question - décisive à nos yeux - du sens et de la forme que doit prendre la dynamique de poursuite d’études supérieures pour les nouvelles générations de bacheliers, appelée par l’économie de connaissance qui est celle désormais des pays développés.

L’occultation des ressorts sociaux du processus de « démocratisation » universitaire

L’urgence de cette réforme accélérée a eu pour alibi la mise en avant du « scandale » de la loterie APB et, plus précisément, le fait que de très bons bacheliers ont vu leurs premiers vœux refusés et que leurs parents ont fortement protesté auprès des rectorats. L’indicateur statistique, le chiffre noir officiel, qui sous-tend la mise en place des prérequis, est le taux d’échec en première année de L1 à l’université, annoncé comme toujours plus élevé dans les débats publics (30 %, 40 %, 50 % selon les cas) (Bodin, Millet, 2011 ; Bodin, Orange, 2013). Pour y mettre fin, il suffirait d’écarter les importuns, les étudiants qui « n’ont rien faire à la fac », en particulier les fameux bacs pro dont on exagère fortement - et à dessein - la présence en première année d’université : en effet seulement 36,8 % d’entre eux poursuivent leurs études après le bac en 2015 et, parmi eux, seuls 8 % entrent en Licence 1 à l’université (contre 27,5 % en STS).

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Tableau 1 - Évolution des taux d’inscription dans l’enseignement supérieur : bacheliers professionnels
 

Mais comment en est-on arrivé là ? Un détour par l’histoire montre que, en France, après la deuxième explosion scolaire liée à la politique des 80 % au bac (1985), l’université française a eu pour (noble, il faut y insister) tâche d’accueillir les cohortes d’élèves de cette nouvelle phase de « démocratisation » scolaire.

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Graphique 1 - Évolution de la proportion de bacheliers dans une génération (en %)
 

Celles-ci comprenaient, cette fois en bien plus grand nombre, des étudiants d’origine populaire et aux cursus scolaires diversifiés. La poursuite dans l’enseignement supérieur s’est ainsi peu à peu imposée comme un prolongement logique et naturel de la scolarité obligatoire pour tous les néo-bacheliers. En 2015, plus de 75 % des bacheliers poursuivent leurs études dans l’enseignement supérieur, dont pratiquement 100 % des bacheliers généraux. Ce nouvel horizon n’apparaît jamais aussi bien que lorsqu’on regarde l’évolution des taux d’inscription dans le supérieur des bacheliers des filières professionnelles et technologiques. Ainsi, le taux de poursuite dans l’enseignement supérieur des bacheliers professionnels a bondi, de 17 % en 2000, à 37 % en 2015 (essentiellement en direction des STS), tandis que celui des bacheliers technologiques est passé de 77,6 % à 82 % sur la même période. Ces taux de poursuite dans le supérieur sont d’autant plus remarquables que la proportion de bacheliers par génération a dans le même temps cru fortement : pratiquement 79 % en 2016 contre 63 % en 2000 [4], autour de 33 % en 1986 (voir Graphique 1). Ce double accroissement de la proportion de bacheliers par génération et des taux d’inscription des bacheliers dans l’enseignement supérieur a donc eu pour corollaire l’augmentation rapide et massive des effectifs via, notamment, la forte croissance de bacheliers généraux et l’essor du baccalauréat professionnel [5]. Si, entre 2000 et 2015, le taux d’inscription à l’université a diminué de 3 points (de 48 % à 45 % environ) quand celui des autres secteurs (CPGE, STS, DUT, etc.) est resté stable, les effectifs étudiants à l’université ont en réalité augmenté de manière très significative : de + 200 000 unités environ (1,4 million en 2000, 1,59 million en 2015). Cet accroissement considérable, qui désigne de fait l’université comme plus gros contributeur à l’effort de massification [6] (voir Tableau 2), s’est (socio) logiquement traduit par l’arrivée rapide sur les bancs de l’université, souvent dans des conditions d’encadrement très insuffisantes et parfois indignes, de profils étudiants plus hétérogènes sous l’angle des parcours et des acquis scolaires, certains d’entre eux entrant à l’université moins armés ou préparés pour affronter l’univers des exigences académiques. Elle s’est aussi traduite par une distribution inégale de l’accueil de ces nouveaux étudiants selon les filières d’études. Certains secteurs disciplinaires, comme les Lettres et sciences humaines, ont ainsi été les réceptacles privilégiés de cette forte démographie étudiante.

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Tableau 2 - Étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur depuis 1960 (en milliers)
 

Néanmoins, ce processus de poursuite d’études dans l’enseignement supérieur ne peut se comprendre indépendamment de la situation du marché du travail en France. L’entrée croissante à la fac de larges fractions de la jeunesse française s’est en effet imposée au cours de ces deux dernières décennies pour au moins trois raisons. Primo, comme l’attestent toutes les enquêtes d’insertion du CEREQ depuis 15 ans, le salut social passe désormais en France par une certification scolaire de type bac + 3 ou 5, reconnue comme un bon niveau d’insertion professionnelle. L’absence d’une filière d’apprentissage valorisée (elle aussi historiquement constituée) a en outre pour résultat que le salut professionnel des jeunes passe de nos jours principalement par l’obtention de diplômes du supérieur [7].

Secundo, le maintien dans le système d’enseignement post-bac permet parallèlement de repousser - au moins temporairement - le spectre des « petits boulots » et d’un chômage endémique depuis les années 1980, qui n’a cessé tout au long de leur scolarité de hanter ces nouvelles générations, historiquement malchanceuses, et qui rend la poursuite d’études dans le supérieur plus impérative que jamais. L’injonction au diplôme est aujourd’hui devenue, pour une large part, injonction au diplôme du supérieur (Millet, Moreau, 2011).

Tertio, l’accès au statut d’« étudiant » donne aussi la possibilité aux ex-sans-grades des lycées (les élèves des sections technologiques ou professionnelles), titulaires de « petits » ou de « mauvais » bacs, comme beaucoup disent en entretien, d’espérer jouer eux aussi, un moment, dans la cour des grands : profiter du modèle de la vie étudiante et de ses parenthèses, réintégrer le courant social de la jeunesse en formation, être semblable aux autres. Mais aussi renouer, une fois leur baccalauréat en poche, avec des ambitions sociales et des aspirations de poursuite d’études auxquelles ils avaient cru devoir renoncer (Rochex, 2002). Dans un rapport au MEN sur l’accès des bacs pro à l’université, nous avions montré combien la poursuite d’études à l’université des bacs pro de la région ouvrière de Sochaux correspondait pour ces blessés de l’école à une « quête de réparation sociale » (Beaud, Pialoux, 1999). En ce sens, il est vain de réduire la poursuite d’études à la fac des bacheliers les moins légitimes à une stratégie utilitariste (« ils sont là uniquement pour toucher la bourse », entend-on parfois, par exemple, lors des surveillances d’examens de L1). Elle doit être interprétée dans le cadre des luttes symboliques qui traversent les diverses fractions de la jeunesse française. Aller à la fac pour les « petits bacs » exprime, chez ceux qui sont les moins bien nés de la société, une sourde volonté : celle de résister au décrochage social et de rejoindre la norme étudiante, si prégnante de nos jours dans la jeunesse française.

Adopter le point de vue de ces prétendants à l’université, qui sortent des filières moins valorisées de l’enseignement secondaire, permet de voir dans leur poursuite d’études autre chose qu’une sorte de foucade ou de mouvement de Panurge de la part de jeunes dont on dit qu’ils sont « mal orientés ». En fait, ce processus a une rationalité : il prend sens dans un mouvement de fond d’allongement de la scolarité qui travaille les sociétés riches (concurrence des économies de la connaissance, besoin de main-d’œuvre très qualifiée, etc.) et qui s’est traduit par l’objectif politique, sous le gouvernement Fillon, d’atteindre le niveau de 50 % d’une classe d’âge diplômés à bac + 3 en France.

Vouloir infléchir cette trajectoire historique du système d’enseignement supérieur (qui est, à sa manière, « très française » et qui, par ailleurs, a été largement voulue par les politiques publiques des dernières années) semble inconcevable. Ce serait simplement tourner les talons au moment même où des milliers de futurs bacheliers comptent sur l’université pour leur formation supérieure. Ceux qui pensent pouvoir revenir à l’université des héritiers des années 1960 et défendent la sélection caressent un rêve chimérique. On peut ce point de vue interpréter la réforme du gouvernement comme une rupture majeure avec la trajectoire historique du système d’enseignement supérieur français.

L’université survit à l’ombre des grandes écoles

Il reste que l’analyse centrée sur la seule université est trompeuse, car elle fait perdre la vue d’ensemble qu’il faut avoir du système d’enseignement supérieur français et notamment de la place qu’elle y occupe dans sa relation aux autres institutions : celle d’une institution profondément dominée et fortement pénalisée par le dualisme - jamais remis en cause par les pouvoirs publics - qui l’oppose aux grandes écoles. Faut-il rappeler que, dans ce système dual, l’absence de moyens donnés à l’université, qui contribue aujourd’hui à faire que tout le monde ne peut plus avoir accès à la filière souhaitée, s’explique par ce choix préférentiel des grandes écoles comme des crédits recherche accordés aux grandes entreprises plutôt qu’au service public et national de recherche ?

Une grande part des difficultés actuelles des universités découle des dépossessions successives qui lui ont été infligées comme de l’inégalité structurelle inscrite dans les murs de l’enseignement supérieur, laquelle profite toujours aux mêmes, et d’abord à ceux qui initient les réformes de l’université. Au delà du mépris et des anathèmes, ceux qui réforment l’université s’accommodent en réalité très bien du système d’enseignement supérieur tel qu’il est. D’un côté, une université et une scolarité supérieure de masse (il est vrai inégalement représentée selon les secteurs disciplinaires), sans moyens (voir Graphique 4), mais qui objectivement remplit des missions de service public d’accueil, de formation et de gestion du grand nombre. On a pu montrer ailleurs comment l’université servait de système de régulation des flux scolaires, comme des aspirations et des orientations des étudiants nouvellement inscrits, et comment une partie d’entre eux, qui nourrissent parfois les cohortes des non-réinscrits, trouvaient dans les premiers cycles universitaires l’occasion de « retravailler » leurs espérances subjectives en fonction de nouveaux objectifs possibles (Bodin, Millet, 2011). Dans un contexte de chômage endémique et d’injonction au diplôme, le sens et les modalités d’une entrée à l’université ont incontestablement changé. À côté du diplôme qu’elle permet de préparer, l’entrée à l’université sert aussi parfois à ne pas perdre une année, à voir jusqu’où l’on peut poursuivre ses études, à retarder le moment redouté d’une entrée sur le marché du travail, à tester ou définir des orientations possibles, mais aussi à obtenir un titre permettant l’accès à un concours, un diplôme plus élevé que le baccalauréat, à accompagner la recherche d’un emploi. Ces situations peuvent contribuer à compliquer sérieusement le travail des enseignants, contraints de faire avec des étudiants aux aspirations, aux investissements et aux niveaux parfois très divers. Elles font néanmoins partie des héritages souvent contradictoires, pour l’essentiel en raison de politiques d’ouverture jamais menées à leur terme, d’un mouvement de « démocratisation » universitaire dont l’effet contribue en même temps à élever le niveau de formation des nouvelles générations dont on sait l’importance pour les réussites nationales.

Face aux universités surchargées et appauvries, trônent des classes préparatoires et de grandes écoles plus que jamais surdotées [8] (voir Graphique 2), fréquentées par une majorité d’héritiers et une minorité de boursiers (toujours mis en avant pour faire bien dans la vitrine). C’est cette inégalité, chaque décennie plus flagrante, qui vicie le système d’enseignement supérieur à sa base et mérite d’être, une nouvelle fois, interrogée. On peut ici se référer à Durkheim qui, dans un livre magnifique, L’Évolution pédagogique en France (1938) a mis au jour les liens qui, en France, unissent étroitement classes sociales (et fractions de classe) et système d’enseignement. Bourdieu et Passeron comme Baudelot et Establet ont, dans les années 1965-75, renoué avec cette grande œuvre sociologique, rappelant que la sociologie de l’éducation est fondamentalement une « anthropologie du pouvoir », pour reprendre l’expression de La Noblesse d’État. Il faut ainsi dépasser une analyse purement interne du système d’enseignement supérieur et observer les transformations de la structure de classes, pour pouvoir mieux le penser.

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Graphique 2 - Évolution de la dépense moyenne par étudiant et selon la filière (aux prix 2015)
 

Aujourd’hui, en France, les membres des classes supérieures - tant ceux qui appartiennent à la bourgeoisie économique que ceux de la bourgeoisie intellectuelle - ont à cœur, dans une alliance rare, mais particulièrement efficace et pérenne, de tenir dans leurs mains le système des grandes écoles. On peut ajouter ici les écoles de médecine ou de santé, dont les statuts à l’université sont à part, ne serait-ce qu’en raison de l’existence d’un concours d’entrée extrêmement sélectif qui les apparente aux grandes écoles. En 2015, les enfants des cadres supérieurs et professions intellectuelles supérieures représentent 69 % des effectifs de l’ENA (contre 4,5 % pour les ouvriers), 63 % des effectifs de l’École polytechnique (contre 1,3 %), 53 % des effectifs des Écoles normales supérieures (contre 4,5 %), 52,4 % des facultés de médecine/odontologie (contre 5,5 %), 52 % des écoles de commerce, de gestion et de comptabilité (contre 4 %), 49 % de pharmacie (contre 8 %) 46,5 % des écoles d’ingénieurs (contre 6 %), 45,5 % des écoles artistiques, d’architecture et de journalisme (contre 8 %), 34 % de l’université (contre 12 %) alors qu’ils ne pèsent que 15 % de la population active (22 % pour les ouvriers) (voir Graphique 3). Ces taux sont par ailleurs d’une étonnante stabilité au fil des ans, alors même que la structure de l’origine sociale des étudiants s’est profondément modifiée ces dernières décennies.

Accéder aujourd’hui à ces fameuses institutions conduit plus que jamais aux positions sociales prestigieuses et aux postes de commande économique et de pouvoir politique. De fait, des classes préparatoires aux grandes écoles elles-mêmes, le système est sous contrôle. L’appareil central de production et de reproduction des élites, qui s’appuie sur le diptyque des classes préparatoires (principalement publiques) et des grandes écoles (privées pour presque toutes les écoles de commerce et une majorité d’écoles d’ingénieurs), est bien huilé. La critique de Bourdieu et Passeron dans les années 1960 ou dans La Noblesse d’État (1989) a été bien digérée par le système et a pu même être habilement récupérée si l’on pense à la réforme de « démocratisation » (dite Descoings) de Sciences-Po Paris qui occupe, avec HEC, le sommet de la reproduction sociale en France [9].

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Graphique 3 - Part des enfants de cadres et d’ouvriers à l’université et dans les grandes écoles en 2015 (en %)
 

Il est ainsi frappant que la très forte expansion des effectifs étudiants du premier cycle au cours de ces 30 dernières années ait laissé comme intact et pur ce noyau dur - ce cristal scolaire - des classes préparatoires. Au total, moins de 7 % d’une classe d’âge, triés sur le volet dans toute la France, avec, pour finir, une sélection sociale qui n’en finit pas de se confirmer et de perpétuer la croyance en une différence d’essence des heureux élus. 50 % d’enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures dans les classes préparatoires aux grandes écoles, 10 % d’employés, 7 % d’enfants d’ouvriers, 6 % des bacs technologiques, 0 % des bacs professionnels, tels sont les chiffres. On ne peut qu’être frappé par la capacité qu’ont eue les membres des classes dominantes à assurer cette fermeture sociale des grandes écoles, comme si l’essentiel avait consisté à maintenir solidement les hiérarchies dans un contexte marqué, ces 20 dernières années, par un fort accroissement de la compétition des titres scolaires. La « marque » X (Polytechnique), HEC ou ESSEC, Sciences-Po, Agro, Véto, etc., continue d’assurer en France aux titulaires de ces diplômes une rente professionnelle et sociale à vie.

En dépit de la situation dominée de l’université française, il faut dire pourtant, contre tous les prophètes de malheur, que l’institution universitaire n’a pas démérité. Elle a permis, et permet toujours, de faire accéder en nombre ces enfants de la démocratisation universitaire (tous n’ont pas été de bons élèves au lycée, mais certains deviennent de bons étudiants ensuite) au niveau master, avec généralement d’excellents taux d’insertion dans l’emploi [10], conduisant bon nombre dans des métiers de « profession intermédiaire » et dans des positions sociales de classes moyennes.

Il importe d’autant plus de le dire dans le contexte actuel où l’idéologie dominante en la matière dévalorise systématiquement l’université comme un lieu d’échec, de vacuité, d’idéologie ou d’inanité professionnelle. La vérité est autre : si l’on excepte le cas de la première année [11], l’université forme des centaines de milliers de jeunes d’horizon divers, leur délivre des diplômes (DU, Licences, Masters 2, etc.) qui, pour l’essentiel, leur permettent d’entrer sur le marché de l’emploi dans des conditions honorables (Hugrée 2010). On peut aussi évoquer les potentiels bénéfices en cascade, intergénérationnels, que produisent ces accès plus nombreux d’étudiants de première génération à des niveaux d’études et de savoirs plus élevés. Non seulement leur destinée socio-professionnelle en tire avantage, mais ils trouvent aussi là le moyen de forger des dispositions cognitives et éducatives susceptibles d’agir « dans un sens favorable aux performances scolaires de leurs enfants » (Coulangeon, 2011, p. 81).

Un lieu de production et de formation à la recherche

Rien n’interdit pourtant d’imaginer des perspectives différentes pour l’université. Encore faut-il proposer une juste évaluation des rapports de forces en présence. L’université doit rester un lieu de production et de formation à la recherche. En premier lieu, il faut rappeler que le rôle de formation à la recherche ne peut être pris en charge par les seules grandes écoles - du moins pas à un niveau qui permettrait de continuer à faire de la France l’un des principaux acteurs mondiaux de la recherche fondamentale. Il y a, au moins sur ce point, une contradiction interne à la rhétorique du gouvernement ; d’un côté, celui-ci promeut l’excellence de la France dans la compétition internationale et entend motiver par cet objectif cette réforme de l’université et, de l’autre, il diminue (par-delà les annonces d’augmentation) de près de 10 %, comme le montre très bien Thomas Piketty, la dépense par étudiant dans l’enseignement supérieur (voir Graphique 4).

En second lieu, les savoirs de la recherche, ses postures, ses outils d’analyse et d’objectivation valent et sont attendus bien au delà du monde académique, attestant d’un haut niveau de formation, décisif dans la place que la société et l’économie françaises occupent dans le monde. De ce point de vue, il est nécessaire de contester la voie étriquée dans laquelle nous enferme l’injonction à la professionnalisation [12] quand celle-ci, supposée utile et en phase avec le réel, est opposée aux savoirs et outils de la recherche. Former à la recherche et par la recherche, c’est professionnaliser, c’est-à-dire donner à des individus des outils pour penser et agir dans l’emploi, découvrir, transformer, mettre en problème, inventer.

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Graphique 4 - La chute du budget par étudiant en France (base 100 en 2008)
Thomas Piketty
 

Il faut à cet égard desserrer l’étau administratif et institutionnel dans lequel sont de plus en plus pris les enseignants-chercheurs [13] et redonner du temps de recherche à l’université. C’est un choix de société. D’un côté, les personnels administratifs et techniques doivent être démultipliés pour permettre aux enseignants-chercheurs de se recentrer sur leurs missions régaliennes : la formation et la recherche. D’un autre côté, on ne peut demander à l’université d’accueillir des milliers d’étudiants aux trajectoires scolaires et sociales et aux compétences scolaires hétérogènes sans augmenter massivement ses taux d’encadrement. Soit il faut renoncer à l’enseignement supérieur de masse, soit il faut se donner les moyens d’encadrer temporellement et cognitivement tous ces étudiants. Il n’y a pas, de notre point de vue, d’autre voix que cette seconde solution. La voie politique d’une sous dotation de nos universités dans laquelle semblent vouloir persister nos gouvernants atteste à l’évidence d’une absence de souci du bien commun, lorsque l’on sait l’importance des universités dans la production et le développement de la connaissance, et la place d’un pays dans le concert des nations.

L’université des années 1950 pouvait fonctionner par connivence culturelle, avec des amphithéâtres de 500 étudiants, dans la séduction des hauteurs et de la distance de la parole magistrale. Ce mode de communication présuppose la connivence, car il repose sur l’éloignement spatial et social des enseignés et de leurs enseignants. Ce qui faisait la séduction hier se traduit souvent aujourd’hui par du découragement ou de l’incompréhension. De ce point de vue, il faudrait indexer des niveaux inégaux de dotations budgétaires des différentes universités et filières à la composition sociale et scolaire de leurs publics. Les filières et les établissements qui accueillent les étudiants les moins pourvus socialement et scolairement devraient être mieux dotés que les autres. D’un autre côté, un très grand nombre d’étudiants, et d’abord dans les filières à faible visibilité sociale et professionnelle, occupent un emploi, souvent pour financer les études, au point parfois d’en être purement et simplement détournés. Michel Verret l’a bien montré dans sa thèse sur Le temps des études (1975) : le temps des études suppose la délégation matérielle et la remise de soi qui, seules, rendent possible la concentration sur des enjeux scolaires et l’exercice de la scholè, c’est-à-dire la concentration sur l’apprentissage scolaire qui, par définition, relève d’une activité improductive. Quand certains étudiants disposent de la totalité de leur temps disponible pour le consacrer aux études, d’autres doivent le partager avec un emploi et à des fins reproductives. Cette inégalité fondamentale doit être, elle aussi, abolie par l’augmentation très significative des bourses étudiantes et, pourquoi pas, l’instauration d’un salaire étudiant pour les moins dotés (Casta, 2017). Ce système existe déjà dans certaines grandes écoles dont les étudiants, c’est-à-dire ceux qui sont déjà plus dotés, sont rémunérés. L’un des enjeux de l’université à (re) construire réside sûrement dans l’invention des moyens institutionnels qui lui permettraient de s’imposer comme une force d’entraînement, capable de mettre et de maintenir au travail les étudiants académiquement les moins autonomes. L’université doit, plus que jamais, demeurer le lieu de la formation de l’esprit critique et de la culture savante. Elle doit être universaliste et ne peut être subordonnée aux seuls impératifs du marché de l’emploi et de l’opérationnalité immédiate. Car c’est bien de là, d’abord, que viennent les problèmes qui nous occupent. Les mauvais chiffres du chômage chez les jeunes Français en phase d’insertion servent trop souvent à mettre injustement en cause une formation universitaire, accusée d’être éloignée des réalités professionnelles, alors qu’ils sont avant tout la conséquence d’un marché du travail atone et d’un manque de places. Le chapeau de la crise ne saurait être porté par le seul système scolaire et universitaire, ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas sans faiblesses ou mêmes failles.

Au fond, la loi ORE - tant sur sa forme, brutale, que sur le fond - procède essentiellement d’un regard d’en haut sur l’université qui est lui-même intimement lié à l’« élitisme républicain » (Baudelot, Establet, 2009) dont on peut souligner qu’il imprègne de part en part les premiers mois de la Présidence Macron. La priorité est accordée à la promotion de filières d’excellence comme fer de lance de la start up nation qui se conjugue avec l’abandon de toute conception progressiste et démocratique de l’université.

La mise en place de la loi ORE ne manquera pas, à terme, d’avoir de profonds effets structurels, déjà inscrits dans la loi LRU (2007) : une nouvelle hiérarchisation des universités et des filières, une tendance à leur polarisation, sans compter un sérieux coup de pouce pour le secteur privé du supérieur qui pourrait s’engouffrer un peu plus [14] dans les brèches ouvertes par le flou institutionnel (voir Graphique 5) et les très probables, et durables, dysfonctionnements de l’usine à gaz qui s’annonce dans ce secteur stratégique de la première année post-bac, à l’université.

Sans compter que cette réforme du premier cycle universitaire, en instaurant une sélection à l’entrée de l’université, feint de ne pas voir deux processus essentiels qui lui sont associés. D’une part, sa mise en œuvre pratique a de fortes chances de finir de détruire l’investissement dans leur métier de personnels administratifs sous-payés et d’enseignants-chercheurs soumis à rude épreuve depuis la mise en place de la LRU, devant faire face à une criante pénurie de moyens. D’autre part, cette réforme, en rompant avec la fonction sociale objectivement assignée depuis 30 ans au premier cycle universitaire - celle d’amortisseur social de la crise, de régulation de la longue transition professionnelle des bacheliers « moyens » - ne dessine aucune perspective d’avenir aux futurs refusés à l’entrée de l’université. Parce que cette réforme fait payer aux nouveaux étudiants les conséquences de politiques d’ouverture inconséquentes, jamais accompagnées ni assumées jusqu’au bout, cette politique de sélection à l’entrée dans l’université ne débouche, pour eux, sur aucun autre horizon que celui du précariat et de la galère.

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Graphique 5 - Évolutions des enseignements supérieurs privé et public (1998-2016), base 100 en 1998
 

Aller plus loin

-  Baudelot Christian, Establet Roger, L’école capitaliste en France, Maspéro, 1971.
-  Baudelot Christian, Establet Roger, L’élitisme républicain. L’école française à l’épreuve des comparaisons internationales, Seuil, coll. « La république des idées », 2009.
-  Beaud Stéphane, 80 % au bac… et après : Les enfants de la démocratisation scolaire, La Découverte, 2002.
-  Beaud Stéphane, « »La fac, c’est moins pire que je croyais  . Sur certaines contradictions de l’université d’aujourd’hui », La Revue du Mauss, 2006/2, p. 323-333
-  Beaud Stéphane, Pialoux Michel, Les bacs pro à l’université. Une quête de réparation sociale ? Rapport au MEN, 2001.
-  Bodin Romuald, Orange Sophie, L’université n’est pas en crise. Les transformations de l’enseignement supérieur : enjeux et idées reçues, Croquant, 2013.
-  Bodin Romuald, Millet Mathias, « L’université, un espace de régulation. L’ »abandon« dans les premiers cycles à l’aune de la socialisation universitaire », Sociologie, vol. 2 (3), 2011, p. 225-242.
-  Bourdieu Pierre, Passeron Jean-Claude, La reproduction. Élément pour une théorie du système d’enseignement, Minuit, 1970.
-  Bourdieu Pierre, La Noblesse d’État. Grandes écoles et esprit de corps, Minuit, 1989.
-  Casta Aurélien, Un salaire étudiant. Financement et démocratisation des études, La Dispute, 2017.
-  Chauvel Louis, « La seconde explosion scolaire : diffusion des diplômes, structure sociale et valeur des titres », Revue de l’OFCE, n° 66, 1998.
-  Convert Bernard, « Des hiérarchies maintenues : espace des disciplines, morphologie de l’offre scolaire et choix d’orientation en France, 1987-2001 », Actes de la recherche en sciences sociales, 149 (4), 2003, p. 61-73.
-  Coulangeon Philippe, Les métamorphoses de la distinction. Inégalités culturelles dans la France d’aujourd’hui, Grasset, « Mondes vécus », 2011.
-  Durkheim Émile, L’Évolution pédagogique en France, Puf, 1990.
-  Hugrée Cédric, « Les classes populaires et l’université : la licence… et après ? », Revue française de pédagogie, 167, 2009, p. 47-58.
-  Hugrée Cédric, « Le Capes ou rien ? Parcours scolaires, aspirations sociales et insertions professionnelles du »haut« des enfants de la démocratisation scolaire », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 183, 2010, p. 72-85.
-  Lahire Bernard, « Les manières d’étudier », Cahiers de l’OVE, La documentation française, 1997
-  Millet Mathias, « Milieux populaires (Scolarisation des élèves des) », in Agnès Van Zanten ; Patric Rayou (dir.) Dictionnaire de l’éducation, Presses universitaires de France, 2017, p. 606-612.
-  Millet Mathias, Moreau Gilles, La société des diplômes, La Dispute, 2011.
-  Piketty Thomas, « Budget 2018 : la jeunesse sacrifiée », consulté le 3 février 2018.
-  Rochex Jean-Yves, « Échec scolaire et démocratisation : enjeux, réalités, concepts, problématiques et résultats de recherche », Revue suisse des Sciences de l’Éducation, n° 2, 2002, 339-356.
-  Soulié Charles, « L’adaptation aux »nouveaux publics« de l’enseignement supérieur : auto-analyse d’une pratique d’enseignement magistral en sociologie », Sociétés Contemporaines, n° 48, 2002.
-  Terrail Jean-Pierre, « Réussite scolaire : la mobilisation des filles », Sociétés contemporaines, n° 11-12, 1992, p. 53-89.
-  Verret Michel, Le temps des études (Thèse de sociologie soutenue à Paris V, 1970), Champion, 1975.

Pour citer cet article :

Stéphane Beaud & Mathias Millet, « La réforme Macron de l’université », La Vie des idées , 20 février 2018. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-reforme-Macron-de-l-universite.html

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