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24/02/2019

Charles Péguy>Constituer une Cité> La « famille élargie »Parenté et famille à l’épreuve du changement urbain>Kant explique que si nous envisageons les républiques autrement « Le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles »China

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ETRE LIBRE, le grand chantier de l'existence

Michael Doyle : le libéralisme, entre guerre et paix

À quelles conditions une démocratie doit-elle faire la guerre ?

par Marieke Louis , le 22 février

traduit par Catherine Guesde
La guerre et la démocratie sont-elles compatibles ? Comment penser les conditions des interventions armées au niveau international ? Au cours de cet entretien, Michael Doyle convoque différents théoriciens du libéralisme afin d’éclairer les relations internationales contemporaines.
Michael Doyle est Professeur des Universités à Columbia, New York. Il enseigne les relations internationales au département de Science politique, à l’Ecole supérieure des affaires publiques et internationales, et de la faculté de droit. Ses recherches portent sur les théories des relations internationales, le droit international, l’histoire internationale et, plus particulièrement, sur la consolidation de la paix sur le plan international et les Nations Unies. Il a enseigné à l’Université de Princeton, à John Hopkins, ainsi qu’à l’Université de Warwick au Royaume Uni. Entre 2001 et 2003, il a été conseiller spécial au Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan sur les questions de planification stratégique (les « objectifs du Millénaire pour le développement »), de responsabilisation des entreprises au niveau international (le Pacte Mondial ou Global Compact).

Publications mentionnées au cours de cet entretien :
- Ways of War and Peace : Realism, Liberalism, and Socialism, W.W. Norton, 1997.
- Striking First : Preemption and Prevention of International Conflict, Princeton University Press, 2008.
- Liberal Peace : Selected Essays, Routledge, 2012.

Kant explique que si nous envisageons les républiques autrement – c’est-à-dire comme de véritables républiques fondées sur la séparation des pouvoirs et sur l’idée de liberté –, nous serons en mesure de résoudre le problème de la paix : ces républiques s’imposeraient en effet d’elles-mêmes des restrictions, et respecteraient l’autonomie des autres États – autonomie reflétant celle des citoyens qui les contrôlent. Ce sont là les bases du Projet de Paix perpétuelle et les trois conditions d’une paix républicaine : les États doivent être républicains, il faut qu’ils signent un traité de paix, et qu’ils créent un ordre cosmopolite qui autorise les contacts de part et d’autres des frontières. Selon lui, un tel monde nous permettrait d’être libres au sein de notre pays, de respecter les droits cosmopolites et d’être en paix avec les autres républiques. Pour lui, Rousseau n’avait fait que la moitié du travail en envisageant une république démocratique ; il n’avait pas résolu le problème de la paix. Kant considérait qu’il pouvait faire les deux.

Kant nous aide à comprendre la manière dont se comporte réellement un État libéral. Il affirme que les États libéraux ne sont, de manière générale, pas pacifiques, même s’ils sont aussi réticents à faire la guerre. Leur caractéristique principale est qu’ils devraient être, peuvent être et sont pacifiques entre eux. Il s’agit d’une paix séparée c’est-à-dire propre aux États démocratiques entre eux. Cela ne signifie pas qu’ils ne font pas la guerre. Il peut y avoir de nombreuses guerres s’ils sont entourés d’États non libéraux. Certaines de ces guerres sont défensives ou préventives – si ces États non libéraux les attaquent ou les menacent notamment. Cependant – et c’est tout aussi important –, ces États libéraux sont traversés par des pressions pouvant conduire à la guerre : des guerres commerciales, visant à protéger la propriété privée, et des guerres idéologiques. Il s’agit là d’actes que Kant condamne sur un plan éthique, car il les juge mauvais et imprudents, mais il les comprend comme étant inscrits dans la nature des États qui pratiquent le commerce. Et ce sont-là des logiques effectivement à l’œuvre dans les relations internationales des États libéraux.

Charles Péguy.jpgPéguy hors système

L’inclassable Charles Péguy serait-il, finalement, un philosophe ? C’est la thèse que défend Camille Riquier, qui rassemble dans l’œuvre et l’existence (indissociablement liées) de l’écrivain les éléments d’une philosophie de l’action, en marge des systèmes.

Le livre manquant de Charles Péguy ?

La première ambition de ce travail est grande : exposer avec clarté la cohérence d’une philosophie. C. Riquier y parvient. Ceux qui ont peu lu Péguy y trouveront de quoi entrer dans une œuvre profuse et complexe. Ses lecteurs aguerris verront apparaître, au milieu d’éléments bien connus, des perspectives qui avaient pu leur sembler obscures ou cachées. C. Riquier mobilise ainsi une connaissance intime des textes de Péguy au profit d’une grande profondeur d’analyse, servie par un style clair et vigoureux. Cette proximité avec son sujet conduit parfois l’auteur à adopter un ton apologétique, mais c’est un biais courant chez les péguystes.

La seconde ambition de C. Riquier, plus originale, pose question. Péguy, le poète, le pamphlétaire, le journaliste, le politique, l’écrivain, anarchiste, socialiste, dreyfusiste, patriote, chrétien, serait avant tout un philosophe mais qui jamais ne livra l’œuvre philosophique qu’on aurait pu espérer de lui. Nul traité de référence, aucune thèse aboutie, mais une philosophie qui trouve place dans tout le corps de son œuvre, par petites touches, avec force discrétion. Or, en proposant de remettre de la cohérence dans un ensemble éclaté, C. Riquier veut tenter – selon ses mots – de composer le livre de philosophie que Péguy n’a pas écrit. L’ambition est vertigineuse. Elle a le mérite d’être assumée puisque C. Riquier conclut ainsi son texte : « nous avons cherché (…) que ce livre fût de lui plus encore que sur lui et comme l’œuvre espérée » (p. 546). Avouons que notre adhésion presque totale à cet ouvrage s’est arrêtée à ce seuil. Car si Péguy ne nous a pas offert cette œuvre unifiée, ce n’est pas un hasard. Sa conception de l’action philosophique fondée sur l’insertion dans la vie l’en empêchait.

Exposer la philosophie de Péguy n’est pas une mince affaire. On aurait pu imaginer isoler des concepts. Ce serait un non-sens : la pensée de Péguy est une tapisserie dont les fils s’enchevêtrent pour composer une unité. Un fil isolé n’a nul intérêt. On aurait pu aussi penser à une réflexion sur l’inscription de Péguy dans une tradition philosophique, sous un angle plus historique. L’approche aurait été trop didactique et aurait manqué la singularité péguyste. C. Riquier a préféré construire sa démonstration en suivant la chronologie des textes. C’est la seule manière de saisir le flux d’une pensée qui, plus qu’en évolution, connaît un approfondissement et un élargissement, au rythme d’une vie. Les trois parties de l’ouvrage illustrent ce cheminement : l’innocence ; la chute ; le salut. L’innocence est celle du socialisme adolescent, qui voit dans l’Affaire Dreyfus l’événement élu qui va permettre à la cité socialiste d’être fondée. La chute est celle d’un dreyfusisme qui se corrompt et d’une mystique qui finit dans cette politique dont Jaurès est la figure honnie. C’est aussi la domination de l’argent dans un monde moderne qui avilit. Le salut, enfin, est l’espérance chrétienne retrouvée face au désespoir personnel et à la certitude que la guerre vient inexorablement.

Combattre le mal universel

La philosophie de Péguy est avant tout en action. Elle a une portée morale et politique. Morale parce qu’elle répond à une nécessité intérieure, personnelle. Politique parce qu’elle propose une Cité à construire sur ce fondement moral.

Le mouvement initial est imprimé par un refus : celui du mal. Il peut prendre la forme de la misère économique, contre laquelle le jeune socialiste se révolte. Il a le visage de l’injustice que combattra le dreyfusiste de la première heure. C’est la domination, l’excès de pouvoir, le mensonge, la violence, les pogroms, la colonisation... Et c’est aussi la damnation pour le chrétien qu’il fut dans la seconde partie de sa brève existence.

Une dénonciation désincarnée ne peut suffire. Péguy se sépare ici du kantisme dont il est pourtant proche, ce kantisme dont il écrivait dans une formule célèbre de Victor-Marie, comte Hugo, en 1910, qu’il « a les mains pures mais […] n’a pas de mains ». Ce combat ne peut être mené qu’à deux conditions : la lucidité et la vérité. Il faut toujours dire ce que l’on voit mais plus encore voir ce que l’on voit. Le prix à payer est cher : se maintenir dans « l’axe de détresse », comme il l’écrit, c’est-à-dire demeurer dans l’inquiétude ou, pour reprendre un terme attaché à l’œuvre de Pessoa, dans l’intranquillité. De cette exigence d’ordre moral, qui est le soubassement de la pensée et de la vie de Péguy, naît une tension permanente à laquelle il va s’astreindre au prix de grandes souffrances intérieures.

Le fil conducteur de la philosophie de Péguy est la lutte contre le mal, le malin. Si C. Riquier sous-titre son livre, « Mémoires d’un imbécile », c’est en référence aux propos mêmes de Péguy qui assume cette part de naïveté, d’innocence ou tout simplement de vérité face aux malins qui cherchent toujours à tromper. Cette imbécillité, Péguy la partage avec le peuple qui se trouve souvent désarmé face à la démagogie et à ses entraînements. Et pourtant, la révolution qu’il espère est celle de la conscience, de la conversion et de la justice, car, comme il l’écrit en 1905 dans Les suppliants parallèles  : « Le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles ».

Constituer une Cité

Le normalien, qui manqua l’agrégation de philosophie et y renonça ensuite pour s’engager, pense et agit en philosophe, et pour C. Riquier c’est en l’abordant comme tel qu’on perçoit, plus que l’unité d’un parcours, une fidélité. Une fidélité au peuple dont il est issu, avec lequel l’intellectuel devenu parisien nourrit des relations complexes. Une fidélité à un idéal de justice. Une fidélité à ce qu’il entend être.

Conformément à une certaine tradition française, illustrée par Montaigne, Pascal ou Rousseau, qui allie style et pensée, Péguy refuse tout système. « Heureux les systématiques », raille-t-il dans un texte de 1905. Cinq ans auparavant, dans Encore de la grippe, il écrit : « je ne suis pas très partisan des spéculations immenses, des contemplations éternelles. Je n’ai pas le temps. Je travaille par quinzaines. Je m’attache au présent. Il en vaut la peine ». À l’ordre mort ou mortifère des systèmes, il oppose le « fatras » vivant (p. 73), lui qui affirme, dans Casse-cou en 1901, n’avoir « aucun besoin d’unifier le monde ». Cette vitalité philosophique, il va lui donner corps dans ce projet qui sera son œuvre et sa vie : les Cahiers de la quinzaine, fondés en janvier 1900. Il ne s’agit pas là d’une simple revue, créée pour s’affranchir de la discipline intellectuelle imposée au sein du mouvement socialiste qui s’unifie. Avec les Cahiers, Péguy entend constituer une amitié, une cité, une République composée de ses auteurs et de ses lecteurs. C’est bien là une utopie, mais concrète et active.

Pour Péguy, « la révolution sociale sera morale ou ne sera pas ». Cette révolution doit passer par une conversion personnelle et, de proche en proche, il sera possible de lutter contre le mal. En offrant à chaque lecteur, membre de cette cité terrestre, des pans de vérité et de réalité, notamment par des documents bruts, en mettant en lumière les injustices à combattre, Péguy veut amener à ces conversions, sans conférer à ce mot une acception religieuse. Le format de la revue est adapté à ce projet. Par son caractère collectif, elle forme communauté, même si au fil du temps l’œuvre personnelle de Péguy nourrit de plus en plus exclusivement les Cahiers. La périodicité – la quinzaine – est tout aussi essentielle. Elle suit le cours de l’événement qui est notre maître intérieur, selon la formule d’Emmanuel Mounier. Cette méthode consiste à s’insérer dans l’actualité pour faire affleurer les structures profondes du monde tel qu’il est. Elle fait de Péguy ce que J. Julliard, reprenant Maurice Clavel, appelait un « journalisme transcendantal ».

On aurait aimé, avec C. Riquier, aborder ici bien d’autres points qui fondent la philosophie péguyste : l’histoire et la mémoire, le langage, le temps, la religion. Il aurait fallu aussi évoquer le dialogue que Péguy noue avec Pascal, Descartes ou Bergson. C. Riquier, spécialiste reconnu de l’œuvre de ce dernier, montre comment Péguy, qui fut si proche de lui, n’en fut ni l’élève ni le disciple mais entra en résonance avec sa philosophie pour la déployer sous d’autres horizons (p. 373 sq.). On renverra notamment aux passages consacrés à la manière dont Péguy retravaille la durée bergsonienne pour montrer comment l’histoire commune pénètre chacun d’entre nous, comment il entre dans notre durée individuelle des durées plus larges qui nous insèrent dans une temporalité, une lignée et une communauté, par un phénomène d’incorporation ou d’incarnation du temps à travers la mémoire.

Il aurait fallu aussi aborder cette capacité de Péguy à penser la pluralité des êtres et d’abord la sienne. Le recours aux pseudonymes lui permet de nouer des dialogues entre les facettes de sa personnalité et de sa pensée. Se mêlent ici philosophie de la pluralité et jeu littéraire qui n’est pas sans évoquer Pessoa et l’usage des hétéronymes. La part si personnelle que Péguy livre dans ses écrits, poétiques ou en prose, nous semble faire de son œuvre une grande création littéraire, esthétique. Et c’est cette capacité de Péguy à accorder sa singularité à des enjeux universels qui fait de lui un véritable artiste, plus encore qu’un philosophe.

À propos de : Camille Riquier, Philosophie de Péguy ou les mémoires d’un imbécile, Puf, 2017, 549 p.

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Les quartiers populaires comme laboratoire social d'interconnaissance

Classique des sciences sociales, Le village dans la ville de Michaël Young et Peter Wilmott, réédité en France, est d’une brûlante actualité pour comprendre les échecs des politiques de la ville. Modèle d’enquête ethnographique, il traite avec brio des aspects familiaux du relogement et du rôle du quartier dans la socialisation.

La réédition d’un classique des sciences sociales comme Le village dans la ville intéressera de nombreux lecteurs au-delà même d’un public averti. La première qualité du livre, bien rendue par la traduction d’Anne Gotman, tient en effet à l’écriture limpide et vivante d’un ouvrage qu’on lit presque comme un roman, roman dont les héros seraient les familles populaires de l’Est londonien. Au-delà du plaisir de lecture, le livre de Young et Willmott propose surtout des analyses sociologiques stimulantes, soutenues par des matériaux d’enquête variés et omniprésents dans l’ouvrage.

Publié en 1957 à Londres, puis une première fois en français en 1983, le livre est le résultat d’une enquête de trois ans sur un quartier populaire de Londres au début des années 1950, sur ses habitants et, notamment, sur des ménages quittant ce quartier de Bethnal Green pour être relogés dans une cité plus éloignée et nouvellement construite par le London County Council, celle de Greenleigh. La première partie du livre est consacrée à Bethnal Green, aux modes de vie des familles qui y vivent et aux manières dont la parenté structure les relations sociales et la vie du quartier. La seconde partie se tourne vers Greenleigh pour découvrir ce qui se passe, se maintient, mais surtout se transforme pour ces familles lorsqu’elles quittent leur quartier d’origine pour être relogées.

L’enquête fait la part belle aux méthodes qualitatives, en particulier à la démarche ethnographique, en mobilisant de nombreux entretiens et des observations in situ, facilitées notamment par l’installation d’un des sociologues dans un logement du quartier. Chemin faisant, l’ouvrage permet d’aborder des questions classiques de la sociologie de la famille et de la parenté, d’observer les caractéristiques et les métamorphoses des quartiers populaires de Londres et, d’interroger les effets et les enjeux de certains leviers des politiques de la ville. Sa réédition, augmentée d’une double préface, est aussi l’occasion d’interroger sa portée sociologique et ses échos actuels.

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IMG_20190224_160455.jpgIMG_20190224_160458.jpgIMG_20190224_160703.jpgIMG_20190224_160448.jpgParenté et famille à l’épreuve du changement urbain

Consacrée à Bethnal Green, la première partie de l’ouvrage met au jour l’emprise des relations familiales sur la vie du quartier et de ses habitants. La famille a tendance à y monopoliser les activités et l’emploi du temps des ménages, y compris chez les jeunes époux, qui choisissent majoritairement de rester vivre près de leurs familles d’origine. Les liens familiaux apparaissent ainsi au fondement des structures sociales locales, en particulier les liens qu’entretiennent mères et filles. Willmott et Young montrent que ces derniers ne sont pas altérés par le mariage de la fille, mais, au contraire, renforcés et intensifiés par les échanges, conseils et soutiens dans l’apprentissage des rôles domestiques et du rôle de mère que découvre la fille lorsqu’elle devient mère à son tour. Les chapitres 4 et 5 décrivent alors l’influence décisive de la mère dans la vie des époux, la figure de « Mum » y est omniprésente et oblige le gendre à « courtiser la belle-mère » (p. 58), qu’il fréquente davantage que sa propre mère. « La mère de l’épouse est la maîtresse de la famille » (p. 62) et occupe une place centrale dans l’intégration à la parentèle, comme le montrent différentes pratiques finement étudiées : l’assistance de la mère lors des accouchements ou maladies, le thé quotidien pris chez Mum, les repas plus ou moins formels à son domicile.

À Bethnal Green, la « famille » englobe ainsi beaucoup plus que le triangle père-mère-enfants et peut être assimilée à une organisation « quasi tribale » : c’est le résultat central de la première partie de l’ouvrage. La « famille élargie » intervient dans la plupart des activités (travail, loisirs, sorties, sociabilités, logement) par le biais de la fratrie, des cousins, oncles, tantes, et surtout pères et mères des époux. Quand la famille informe sur une offre d’emploi, quand les liens de parenté deviennent un critère d’attribution du logement pour les institutions municipales ou quand l’on croise dans la rue, dans une même journée, cousins, tantes, parents et beaux-parents, comment réduire la famille au ménage ? De fait, à Bethnal Green, le ménage n’est plus l’entité élémentaire de la vie familiale ou de la vie sociale locale, et c’est l’ensemble du réseau de parenté qui organise et structure la vie des individus. Le dernier chapitre consacré à Bethnal Green insiste sur le fait que « la parentèle constitue alors un pont entre l’individu et la communauté » (p. 89). La famille ne clôt pas l’univers relationnel des couples, ni de leurs enfants : elle ouvre, au contraire, une première voie dans l’intégration sociale locale en favorisant les liens avec l’extérieur et la densité des relations avec les autres habitants. Les auteurs y voient donc plus une ressource qu’un carcan, même si certaines pressions familiales s’avèrent parfois conflictuelles....

Le texte de Jean-Hugues Déchaux retrace les liens à établir entre ce livre et des débats contemporains en sociologie de la famille et rappelle combien le travail de Willmott et Young constitue, dans les années 1950, un « pavé dans la mare » des approches fonctionnalistes dominantes. Sous l’égide de Parsons en effet, les sociologues américains soutiennent alors l’hypothèse d’un affaiblissement historique des liens familiaux et d’une nucléarisation croissante de la famille contemporaine (Parsons, 1955). Or, le cas de Bethnal Green amène à des résultats tout à fait inverses mettant en lumière le décloisonnement quotidien et affirmé de l’unité élémentaire de la famille nucléaire. Si pour de nombreux lecteurs, le « chacun chez soi » de Greenleigh peut apparaître, en revanche, comme l’avènement annoncé de la famille nucléaire, Jean-Hugues Déchaux note que les interprétations à ce sujet sont variées et n’aboutissent pas nécessairement à une vision évolutionniste de la famille. Il rappelle, à juste titre, que la sociologie des réseaux sociaux s’est notamment nourrie de travaux comme ceux de Willmott et Young pour penser simultanément la famille élargie, la parentèle comme système de relation, mais aussi le rôle et la place d’ego dans ces relations, ses intérêts spécifiques et ses engagements relationnels plus ou moins prononcés. Dès lors, il n’est plus tellement question d’opposer historiquement la famille nucléaire moderne se substituant à une famille traditionnelle élargie et communautaire, mais de penser les variations des formes de parenté et la diversité des manières de « faire famille »...

De manière plus générale encore, Le village dans la ville infirme l’idée selon laquelle la modernité se caractériserait par un affaiblissement des liens familiaux accompagnant et accentuant l’individualisme croissant des sociétés contemporaines. On a souvent décrit, en sociologie, les crises de l’institution familiale et le caractère de plus en plus fragile des liens familiaux et conjugaux. De Bethnal Green à Greenleigh, des années 1950 à aujourd’hui, la famille a changé et s’est diversifiée, c’est incontestable. Elle reste, néanmoins, non seulement une instance de socialisation primordiale mais aussi, tout au long de la vie, un pourvoyeur de ressources, un vecteur de solidarités et parfois, une charge non négligeable. En France, les résultats de l’enquête « Proches et Parents » montrent clairement que la famille et les parents restent des soutiens décisifs tout au long de la vie et les travaux de Catherine Bonvalet confirment le rôle de la famille élargie dans la vie des citadins, en particulier dans leurs parcours et leurs choix résidentiels (Bonvalet, 2003). De ce point de vue, le texte de Jean-Hugues Déchaux apporte un éclairage intéressant sur Le village dans la ville en rappelant son influence sur la sociologie de la famille et de la parenté. Quelles que soient la forme et les frontières de cette famille, le livre de Willmott et Young rappelle, en filigrane, qu’elle reste une dimension importante de la vie sociale et nourrit encore, à ce titre, bon nombre de recherches sociologiques.

Pour citer cet article

Référence électronique

Patrick Cotelette, « Michael Young et Peter Willmott, Le village dans la ville. Famille et parenté dans l'Est londonien », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2011, mis en ligne le 03 février 2011, consulté le 24 février 2019. URL : http://journals.openedition.org/lectures/1257

Les politiques de la ville à l’épreuve de l’enquête

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23/02/2019

PoissySmartCity,La réforme Macron de l’université, Un lieu de production et de formation à la recherche. L’université survit à l’ombre des grandes écoles

La réforme Macron de l’université.

par Stéphane Beaud & Mathias Millet , le 20 février 2018
Alors que l’université accueille les enfants de la démocratisation scolaire, la réforme Macron permet aux établissements d’enseignement supérieur de sélectionner leurs étudiants. Défendant l’université comme lieu de formation et de recherches, S. Beaud et M. Millet invitent à s’interroger sur le sens de la poursuite d’études dans une société démocratique.

Au moment où commencent les choses sérieuses, à savoir la mise en place concrète de la loi ORE (Orientation et Réussite des Étudiants) qui, à travers la production par chaque formation universitaire de prérequis (appelés « attendus »), remet en cause le principe sacré de la liberté d’accès à l’université de tous les bacheliers de France et de Navarre [1], ce texte souhaite revenir sur certains enjeux de cette réforme qui semblent insuffisamment évoqués dans les débats en cours. Celle-ci est en effet historique dans la mesure où, depuis l’échec du projet Devaquet de 1986, toute idée de sélection à l’université a été exclue par les gouvernements de notre pays. Or cette loi, malgré ses précautions sémantiques, vise à faire sauter ce verrou et entrer l’université française dans une nouvelle ère.

Au delà des questions pratiques, bien sûr importantes, que pose le pilotage de cette réforme et de la situation actuelle de l’université, affaiblie par la conjonction de 10 ans de LRU, de disette budgétaire et de plusieurs décennies d’accroissement des effectifs étudiants, il apparaît essentiel de replacer au cœur des débats la réflexion sur la fonction sociale de l’université en France. Depuis 30 ans, il a été assigné à la plupart des formations universitaires (hormis le secteur de Médecine/Pharmacie, protégé par le concours de fin de première année) la fonction d’accompagner, le plus souvent avec les moyens du bord, le puissant mouvement de poursuite des études issu de ce qu’on a coutume d’appeler la « seconde explosion scolaire » [2] (Chauvel, 1998). Aussi l’université a-t-elle été avec les STS [3], de tous les segments de l’enseignement supérieur, celui qui a accueilli la plus forte proportion des « enfants de la démocratisation scolaire » (Beaud, 2002) issus de la politique des 80 % au bac décidée par J.-P. Chevènement en 1985. La loi ORE vise clairement à rompre avec cette mission. Elle donnera sans doute satisfaction à tous les partisans du tour de vis qui espèrent ainsi pouvoir choisir (enfin) leur public. Mais elle laisse en suspens, dans le flou ou le non-dit, la question - décisive à nos yeux - du sens et de la forme que doit prendre la dynamique de poursuite d’études supérieures pour les nouvelles générations de bacheliers, appelée par l’économie de connaissance qui est celle désormais des pays développés.

L’occultation des ressorts sociaux du processus de « démocratisation » universitaire

L’urgence de cette réforme accélérée a eu pour alibi la mise en avant du « scandale » de la loterie APB et, plus précisément, le fait que de très bons bacheliers ont vu leurs premiers vœux refusés et que leurs parents ont fortement protesté auprès des rectorats. L’indicateur statistique, le chiffre noir officiel, qui sous-tend la mise en place des prérequis, est le taux d’échec en première année de L1 à l’université, annoncé comme toujours plus élevé dans les débats publics (30 %, 40 %, 50 % selon les cas) (Bodin, Millet, 2011 ; Bodin, Orange, 2013). Pour y mettre fin, il suffirait d’écarter les importuns, les étudiants qui « n’ont rien faire à la fac », en particulier les fameux bacs pro dont on exagère fortement - et à dessein - la présence en première année d’université : en effet seulement 36,8 % d’entre eux poursuivent leurs études après le bac en 2015 et, parmi eux, seuls 8 % entrent en Licence 1 à l’université (contre 27,5 % en STS).

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Tableau 1 - Évolution des taux d’inscription dans l’enseignement supérieur : bacheliers professionnels
 

Mais comment en est-on arrivé là ? Un détour par l’histoire montre que, en France, après la deuxième explosion scolaire liée à la politique des 80 % au bac (1985), l’université française a eu pour (noble, il faut y insister) tâche d’accueillir les cohortes d’élèves de cette nouvelle phase de « démocratisation » scolaire.

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Graphique 1 - Évolution de la proportion de bacheliers dans une génération (en %)
 

Celles-ci comprenaient, cette fois en bien plus grand nombre, des étudiants d’origine populaire et aux cursus scolaires diversifiés. La poursuite dans l’enseignement supérieur s’est ainsi peu à peu imposée comme un prolongement logique et naturel de la scolarité obligatoire pour tous les néo-bacheliers. En 2015, plus de 75 % des bacheliers poursuivent leurs études dans l’enseignement supérieur, dont pratiquement 100 % des bacheliers généraux. Ce nouvel horizon n’apparaît jamais aussi bien que lorsqu’on regarde l’évolution des taux d’inscription dans le supérieur des bacheliers des filières professionnelles et technologiques. Ainsi, le taux de poursuite dans l’enseignement supérieur des bacheliers professionnels a bondi, de 17 % en 2000, à 37 % en 2015 (essentiellement en direction des STS), tandis que celui des bacheliers technologiques est passé de 77,6 % à 82 % sur la même période. Ces taux de poursuite dans le supérieur sont d’autant plus remarquables que la proportion de bacheliers par génération a dans le même temps cru fortement : pratiquement 79 % en 2016 contre 63 % en 2000 [4], autour de 33 % en 1986 (voir Graphique 1). Ce double accroissement de la proportion de bacheliers par génération et des taux d’inscription des bacheliers dans l’enseignement supérieur a donc eu pour corollaire l’augmentation rapide et massive des effectifs via, notamment, la forte croissance de bacheliers généraux et l’essor du baccalauréat professionnel [5]. Si, entre 2000 et 2015, le taux d’inscription à l’université a diminué de 3 points (de 48 % à 45 % environ) quand celui des autres secteurs (CPGE, STS, DUT, etc.) est resté stable, les effectifs étudiants à l’université ont en réalité augmenté de manière très significative : de + 200 000 unités environ (1,4 million en 2000, 1,59 million en 2015). Cet accroissement considérable, qui désigne de fait l’université comme plus gros contributeur à l’effort de massification [6] (voir Tableau 2), s’est (socio) logiquement traduit par l’arrivée rapide sur les bancs de l’université, souvent dans des conditions d’encadrement très insuffisantes et parfois indignes, de profils étudiants plus hétérogènes sous l’angle des parcours et des acquis scolaires, certains d’entre eux entrant à l’université moins armés ou préparés pour affronter l’univers des exigences académiques. Elle s’est aussi traduite par une distribution inégale de l’accueil de ces nouveaux étudiants selon les filières d’études. Certains secteurs disciplinaires, comme les Lettres et sciences humaines, ont ainsi été les réceptacles privilégiés de cette forte démographie étudiante.

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Tableau 2 - Étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur depuis 1960 (en milliers)
 

Néanmoins, ce processus de poursuite d’études dans l’enseignement supérieur ne peut se comprendre indépendamment de la situation du marché du travail en France. L’entrée croissante à la fac de larges fractions de la jeunesse française s’est en effet imposée au cours de ces deux dernières décennies pour au moins trois raisons. Primo, comme l’attestent toutes les enquêtes d’insertion du CEREQ depuis 15 ans, le salut social passe désormais en France par une certification scolaire de type bac + 3 ou 5, reconnue comme un bon niveau d’insertion professionnelle. L’absence d’une filière d’apprentissage valorisée (elle aussi historiquement constituée) a en outre pour résultat que le salut professionnel des jeunes passe de nos jours principalement par l’obtention de diplômes du supérieur [7].

Secundo, le maintien dans le système d’enseignement post-bac permet parallèlement de repousser - au moins temporairement - le spectre des « petits boulots » et d’un chômage endémique depuis les années 1980, qui n’a cessé tout au long de leur scolarité de hanter ces nouvelles générations, historiquement malchanceuses, et qui rend la poursuite d’études dans le supérieur plus impérative que jamais. L’injonction au diplôme est aujourd’hui devenue, pour une large part, injonction au diplôme du supérieur (Millet, Moreau, 2011).

Tertio, l’accès au statut d’« étudiant » donne aussi la possibilité aux ex-sans-grades des lycées (les élèves des sections technologiques ou professionnelles), titulaires de « petits » ou de « mauvais » bacs, comme beaucoup disent en entretien, d’espérer jouer eux aussi, un moment, dans la cour des grands : profiter du modèle de la vie étudiante et de ses parenthèses, réintégrer le courant social de la jeunesse en formation, être semblable aux autres. Mais aussi renouer, une fois leur baccalauréat en poche, avec des ambitions sociales et des aspirations de poursuite d’études auxquelles ils avaient cru devoir renoncer (Rochex, 2002). Dans un rapport au MEN sur l’accès des bacs pro à l’université, nous avions montré combien la poursuite d’études à l’université des bacs pro de la région ouvrière de Sochaux correspondait pour ces blessés de l’école à une « quête de réparation sociale » (Beaud, Pialoux, 1999). En ce sens, il est vain de réduire la poursuite d’études à la fac des bacheliers les moins légitimes à une stratégie utilitariste (« ils sont là uniquement pour toucher la bourse », entend-on parfois, par exemple, lors des surveillances d’examens de L1). Elle doit être interprétée dans le cadre des luttes symboliques qui traversent les diverses fractions de la jeunesse française. Aller à la fac pour les « petits bacs » exprime, chez ceux qui sont les moins bien nés de la société, une sourde volonté : celle de résister au décrochage social et de rejoindre la norme étudiante, si prégnante de nos jours dans la jeunesse française.

Adopter le point de vue de ces prétendants à l’université, qui sortent des filières moins valorisées de l’enseignement secondaire, permet de voir dans leur poursuite d’études autre chose qu’une sorte de foucade ou de mouvement de Panurge de la part de jeunes dont on dit qu’ils sont « mal orientés ». En fait, ce processus a une rationalité : il prend sens dans un mouvement de fond d’allongement de la scolarité qui travaille les sociétés riches (concurrence des économies de la connaissance, besoin de main-d’œuvre très qualifiée, etc.) et qui s’est traduit par l’objectif politique, sous le gouvernement Fillon, d’atteindre le niveau de 50 % d’une classe d’âge diplômés à bac + 3 en France.

Vouloir infléchir cette trajectoire historique du système d’enseignement supérieur (qui est, à sa manière, « très française » et qui, par ailleurs, a été largement voulue par les politiques publiques des dernières années) semble inconcevable. Ce serait simplement tourner les talons au moment même où des milliers de futurs bacheliers comptent sur l’université pour leur formation supérieure. Ceux qui pensent pouvoir revenir à l’université des héritiers des années 1960 et défendent la sélection caressent un rêve chimérique. On peut ce point de vue interpréter la réforme du gouvernement comme une rupture majeure avec la trajectoire historique du système d’enseignement supérieur français.

L’université survit à l’ombre des grandes écoles

Il reste que l’analyse centrée sur la seule université est trompeuse, car elle fait perdre la vue d’ensemble qu’il faut avoir du système d’enseignement supérieur français et notamment de la place qu’elle y occupe dans sa relation aux autres institutions : celle d’une institution profondément dominée et fortement pénalisée par le dualisme - jamais remis en cause par les pouvoirs publics - qui l’oppose aux grandes écoles. Faut-il rappeler que, dans ce système dual, l’absence de moyens donnés à l’université, qui contribue aujourd’hui à faire que tout le monde ne peut plus avoir accès à la filière souhaitée, s’explique par ce choix préférentiel des grandes écoles comme des crédits recherche accordés aux grandes entreprises plutôt qu’au service public et national de recherche ?

Une grande part des difficultés actuelles des universités découle des dépossessions successives qui lui ont été infligées comme de l’inégalité structurelle inscrite dans les murs de l’enseignement supérieur, laquelle profite toujours aux mêmes, et d’abord à ceux qui initient les réformes de l’université. Au delà du mépris et des anathèmes, ceux qui réforment l’université s’accommodent en réalité très bien du système d’enseignement supérieur tel qu’il est. D’un côté, une université et une scolarité supérieure de masse (il est vrai inégalement représentée selon les secteurs disciplinaires), sans moyens (voir Graphique 4), mais qui objectivement remplit des missions de service public d’accueil, de formation et de gestion du grand nombre. On a pu montrer ailleurs comment l’université servait de système de régulation des flux scolaires, comme des aspirations et des orientations des étudiants nouvellement inscrits, et comment une partie d’entre eux, qui nourrissent parfois les cohortes des non-réinscrits, trouvaient dans les premiers cycles universitaires l’occasion de « retravailler » leurs espérances subjectives en fonction de nouveaux objectifs possibles (Bodin, Millet, 2011). Dans un contexte de chômage endémique et d’injonction au diplôme, le sens et les modalités d’une entrée à l’université ont incontestablement changé. À côté du diplôme qu’elle permet de préparer, l’entrée à l’université sert aussi parfois à ne pas perdre une année, à voir jusqu’où l’on peut poursuivre ses études, à retarder le moment redouté d’une entrée sur le marché du travail, à tester ou définir des orientations possibles, mais aussi à obtenir un titre permettant l’accès à un concours, un diplôme plus élevé que le baccalauréat, à accompagner la recherche d’un emploi. Ces situations peuvent contribuer à compliquer sérieusement le travail des enseignants, contraints de faire avec des étudiants aux aspirations, aux investissements et aux niveaux parfois très divers. Elles font néanmoins partie des héritages souvent contradictoires, pour l’essentiel en raison de politiques d’ouverture jamais menées à leur terme, d’un mouvement de « démocratisation » universitaire dont l’effet contribue en même temps à élever le niveau de formation des nouvelles générations dont on sait l’importance pour les réussites nationales.

Face aux universités surchargées et appauvries, trônent des classes préparatoires et de grandes écoles plus que jamais surdotées [8] (voir Graphique 2), fréquentées par une majorité d’héritiers et une minorité de boursiers (toujours mis en avant pour faire bien dans la vitrine). C’est cette inégalité, chaque décennie plus flagrante, qui vicie le système d’enseignement supérieur à sa base et mérite d’être, une nouvelle fois, interrogée. On peut ici se référer à Durkheim qui, dans un livre magnifique, L’Évolution pédagogique en France (1938) a mis au jour les liens qui, en France, unissent étroitement classes sociales (et fractions de classe) et système d’enseignement. Bourdieu et Passeron comme Baudelot et Establet ont, dans les années 1965-75, renoué avec cette grande œuvre sociologique, rappelant que la sociologie de l’éducation est fondamentalement une « anthropologie du pouvoir », pour reprendre l’expression de La Noblesse d’État. Il faut ainsi dépasser une analyse purement interne du système d’enseignement supérieur et observer les transformations de la structure de classes, pour pouvoir mieux le penser.

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Graphique 2 - Évolution de la dépense moyenne par étudiant et selon la filière (aux prix 2015)
 

Aujourd’hui, en France, les membres des classes supérieures - tant ceux qui appartiennent à la bourgeoisie économique que ceux de la bourgeoisie intellectuelle - ont à cœur, dans une alliance rare, mais particulièrement efficace et pérenne, de tenir dans leurs mains le système des grandes écoles. On peut ajouter ici les écoles de médecine ou de santé, dont les statuts à l’université sont à part, ne serait-ce qu’en raison de l’existence d’un concours d’entrée extrêmement sélectif qui les apparente aux grandes écoles. En 2015, les enfants des cadres supérieurs et professions intellectuelles supérieures représentent 69 % des effectifs de l’ENA (contre 4,5 % pour les ouvriers), 63 % des effectifs de l’École polytechnique (contre 1,3 %), 53 % des effectifs des Écoles normales supérieures (contre 4,5 %), 52,4 % des facultés de médecine/odontologie (contre 5,5 %), 52 % des écoles de commerce, de gestion et de comptabilité (contre 4 %), 49 % de pharmacie (contre 8 %) 46,5 % des écoles d’ingénieurs (contre 6 %), 45,5 % des écoles artistiques, d’architecture et de journalisme (contre 8 %), 34 % de l’université (contre 12 %) alors qu’ils ne pèsent que 15 % de la population active (22 % pour les ouvriers) (voir Graphique 3). Ces taux sont par ailleurs d’une étonnante stabilité au fil des ans, alors même que la structure de l’origine sociale des étudiants s’est profondément modifiée ces dernières décennies.

Accéder aujourd’hui à ces fameuses institutions conduit plus que jamais aux positions sociales prestigieuses et aux postes de commande économique et de pouvoir politique. De fait, des classes préparatoires aux grandes écoles elles-mêmes, le système est sous contrôle. L’appareil central de production et de reproduction des élites, qui s’appuie sur le diptyque des classes préparatoires (principalement publiques) et des grandes écoles (privées pour presque toutes les écoles de commerce et une majorité d’écoles d’ingénieurs), est bien huilé. La critique de Bourdieu et Passeron dans les années 1960 ou dans La Noblesse d’État (1989) a été bien digérée par le système et a pu même être habilement récupérée si l’on pense à la réforme de « démocratisation » (dite Descoings) de Sciences-Po Paris qui occupe, avec HEC, le sommet de la reproduction sociale en France [9].

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Graphique 3 - Part des enfants de cadres et d’ouvriers à l’université et dans les grandes écoles en 2015 (en %)
 

Il est ainsi frappant que la très forte expansion des effectifs étudiants du premier cycle au cours de ces 30 dernières années ait laissé comme intact et pur ce noyau dur - ce cristal scolaire - des classes préparatoires. Au total, moins de 7 % d’une classe d’âge, triés sur le volet dans toute la France, avec, pour finir, une sélection sociale qui n’en finit pas de se confirmer et de perpétuer la croyance en une différence d’essence des heureux élus. 50 % d’enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures dans les classes préparatoires aux grandes écoles, 10 % d’employés, 7 % d’enfants d’ouvriers, 6 % des bacs technologiques, 0 % des bacs professionnels, tels sont les chiffres. On ne peut qu’être frappé par la capacité qu’ont eue les membres des classes dominantes à assurer cette fermeture sociale des grandes écoles, comme si l’essentiel avait consisté à maintenir solidement les hiérarchies dans un contexte marqué, ces 20 dernières années, par un fort accroissement de la compétition des titres scolaires. La « marque » X (Polytechnique), HEC ou ESSEC, Sciences-Po, Agro, Véto, etc., continue d’assurer en France aux titulaires de ces diplômes une rente professionnelle et sociale à vie.

En dépit de la situation dominée de l’université française, il faut dire pourtant, contre tous les prophètes de malheur, que l’institution universitaire n’a pas démérité. Elle a permis, et permet toujours, de faire accéder en nombre ces enfants de la démocratisation universitaire (tous n’ont pas été de bons élèves au lycée, mais certains deviennent de bons étudiants ensuite) au niveau master, avec généralement d’excellents taux d’insertion dans l’emploi [10], conduisant bon nombre dans des métiers de « profession intermédiaire » et dans des positions sociales de classes moyennes.

Il importe d’autant plus de le dire dans le contexte actuel où l’idéologie dominante en la matière dévalorise systématiquement l’université comme un lieu d’échec, de vacuité, d’idéologie ou d’inanité professionnelle. La vérité est autre : si l’on excepte le cas de la première année [11], l’université forme des centaines de milliers de jeunes d’horizon divers, leur délivre des diplômes (DU, Licences, Masters 2, etc.) qui, pour l’essentiel, leur permettent d’entrer sur le marché de l’emploi dans des conditions honorables (Hugrée 2010). On peut aussi évoquer les potentiels bénéfices en cascade, intergénérationnels, que produisent ces accès plus nombreux d’étudiants de première génération à des niveaux d’études et de savoirs plus élevés. Non seulement leur destinée socio-professionnelle en tire avantage, mais ils trouvent aussi là le moyen de forger des dispositions cognitives et éducatives susceptibles d’agir « dans un sens favorable aux performances scolaires de leurs enfants » (Coulangeon, 2011, p. 81).

Un lieu de production et de formation à la recherche

Rien n’interdit pourtant d’imaginer des perspectives différentes pour l’université. Encore faut-il proposer une juste évaluation des rapports de forces en présence. L’université doit rester un lieu de production et de formation à la recherche. En premier lieu, il faut rappeler que le rôle de formation à la recherche ne peut être pris en charge par les seules grandes écoles - du moins pas à un niveau qui permettrait de continuer à faire de la France l’un des principaux acteurs mondiaux de la recherche fondamentale. Il y a, au moins sur ce point, une contradiction interne à la rhétorique du gouvernement ; d’un côté, celui-ci promeut l’excellence de la France dans la compétition internationale et entend motiver par cet objectif cette réforme de l’université et, de l’autre, il diminue (par-delà les annonces d’augmentation) de près de 10 %, comme le montre très bien Thomas Piketty, la dépense par étudiant dans l’enseignement supérieur (voir Graphique 4).

En second lieu, les savoirs de la recherche, ses postures, ses outils d’analyse et d’objectivation valent et sont attendus bien au delà du monde académique, attestant d’un haut niveau de formation, décisif dans la place que la société et l’économie françaises occupent dans le monde. De ce point de vue, il est nécessaire de contester la voie étriquée dans laquelle nous enferme l’injonction à la professionnalisation [12] quand celle-ci, supposée utile et en phase avec le réel, est opposée aux savoirs et outils de la recherche. Former à la recherche et par la recherche, c’est professionnaliser, c’est-à-dire donner à des individus des outils pour penser et agir dans l’emploi, découvrir, transformer, mettre en problème, inventer.

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Graphique 4 - La chute du budget par étudiant en France (base 100 en 2008)
Thomas Piketty
 

Il faut à cet égard desserrer l’étau administratif et institutionnel dans lequel sont de plus en plus pris les enseignants-chercheurs [13] et redonner du temps de recherche à l’université. C’est un choix de société. D’un côté, les personnels administratifs et techniques doivent être démultipliés pour permettre aux enseignants-chercheurs de se recentrer sur leurs missions régaliennes : la formation et la recherche. D’un autre côté, on ne peut demander à l’université d’accueillir des milliers d’étudiants aux trajectoires scolaires et sociales et aux compétences scolaires hétérogènes sans augmenter massivement ses taux d’encadrement. Soit il faut renoncer à l’enseignement supérieur de masse, soit il faut se donner les moyens d’encadrer temporellement et cognitivement tous ces étudiants. Il n’y a pas, de notre point de vue, d’autre voix que cette seconde solution. La voie politique d’une sous dotation de nos universités dans laquelle semblent vouloir persister nos gouvernants atteste à l’évidence d’une absence de souci du bien commun, lorsque l’on sait l’importance des universités dans la production et le développement de la connaissance, et la place d’un pays dans le concert des nations.

L’université des années 1950 pouvait fonctionner par connivence culturelle, avec des amphithéâtres de 500 étudiants, dans la séduction des hauteurs et de la distance de la parole magistrale. Ce mode de communication présuppose la connivence, car il repose sur l’éloignement spatial et social des enseignés et de leurs enseignants. Ce qui faisait la séduction hier se traduit souvent aujourd’hui par du découragement ou de l’incompréhension. De ce point de vue, il faudrait indexer des niveaux inégaux de dotations budgétaires des différentes universités et filières à la composition sociale et scolaire de leurs publics. Les filières et les établissements qui accueillent les étudiants les moins pourvus socialement et scolairement devraient être mieux dotés que les autres. D’un autre côté, un très grand nombre d’étudiants, et d’abord dans les filières à faible visibilité sociale et professionnelle, occupent un emploi, souvent pour financer les études, au point parfois d’en être purement et simplement détournés. Michel Verret l’a bien montré dans sa thèse sur Le temps des études (1975) : le temps des études suppose la délégation matérielle et la remise de soi qui, seules, rendent possible la concentration sur des enjeux scolaires et l’exercice de la scholè, c’est-à-dire la concentration sur l’apprentissage scolaire qui, par définition, relève d’une activité improductive. Quand certains étudiants disposent de la totalité de leur temps disponible pour le consacrer aux études, d’autres doivent le partager avec un emploi et à des fins reproductives. Cette inégalité fondamentale doit être, elle aussi, abolie par l’augmentation très significative des bourses étudiantes et, pourquoi pas, l’instauration d’un salaire étudiant pour les moins dotés (Casta, 2017). Ce système existe déjà dans certaines grandes écoles dont les étudiants, c’est-à-dire ceux qui sont déjà plus dotés, sont rémunérés. L’un des enjeux de l’université à (re) construire réside sûrement dans l’invention des moyens institutionnels qui lui permettraient de s’imposer comme une force d’entraînement, capable de mettre et de maintenir au travail les étudiants académiquement les moins autonomes. L’université doit, plus que jamais, demeurer le lieu de la formation de l’esprit critique et de la culture savante. Elle doit être universaliste et ne peut être subordonnée aux seuls impératifs du marché de l’emploi et de l’opérationnalité immédiate. Car c’est bien de là, d’abord, que viennent les problèmes qui nous occupent. Les mauvais chiffres du chômage chez les jeunes Français en phase d’insertion servent trop souvent à mettre injustement en cause une formation universitaire, accusée d’être éloignée des réalités professionnelles, alors qu’ils sont avant tout la conséquence d’un marché du travail atone et d’un manque de places. Le chapeau de la crise ne saurait être porté par le seul système scolaire et universitaire, ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas sans faiblesses ou mêmes failles.

Au fond, la loi ORE - tant sur sa forme, brutale, que sur le fond - procède essentiellement d’un regard d’en haut sur l’université qui est lui-même intimement lié à l’« élitisme républicain » (Baudelot, Establet, 2009) dont on peut souligner qu’il imprègne de part en part les premiers mois de la Présidence Macron. La priorité est accordée à la promotion de filières d’excellence comme fer de lance de la start up nation qui se conjugue avec l’abandon de toute conception progressiste et démocratique de l’université.

La mise en place de la loi ORE ne manquera pas, à terme, d’avoir de profonds effets structurels, déjà inscrits dans la loi LRU (2007) : une nouvelle hiérarchisation des universités et des filières, une tendance à leur polarisation, sans compter un sérieux coup de pouce pour le secteur privé du supérieur qui pourrait s’engouffrer un peu plus [14] dans les brèches ouvertes par le flou institutionnel (voir Graphique 5) et les très probables, et durables, dysfonctionnements de l’usine à gaz qui s’annonce dans ce secteur stratégique de la première année post-bac, à l’université.

Sans compter que cette réforme du premier cycle universitaire, en instaurant une sélection à l’entrée de l’université, feint de ne pas voir deux processus essentiels qui lui sont associés. D’une part, sa mise en œuvre pratique a de fortes chances de finir de détruire l’investissement dans leur métier de personnels administratifs sous-payés et d’enseignants-chercheurs soumis à rude épreuve depuis la mise en place de la LRU, devant faire face à une criante pénurie de moyens. D’autre part, cette réforme, en rompant avec la fonction sociale objectivement assignée depuis 30 ans au premier cycle universitaire - celle d’amortisseur social de la crise, de régulation de la longue transition professionnelle des bacheliers « moyens » - ne dessine aucune perspective d’avenir aux futurs refusés à l’entrée de l’université. Parce que cette réforme fait payer aux nouveaux étudiants les conséquences de politiques d’ouverture inconséquentes, jamais accompagnées ni assumées jusqu’au bout, cette politique de sélection à l’entrée dans l’université ne débouche, pour eux, sur aucun autre horizon que celui du précariat et de la galère.

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Graphique 5 - Évolutions des enseignements supérieurs privé et public (1998-2016), base 100 en 1998
 

Aller plus loin

-  Baudelot Christian, Establet Roger, L’école capitaliste en France, Maspéro, 1971.
-  Baudelot Christian, Establet Roger, L’élitisme républicain. L’école française à l’épreuve des comparaisons internationales, Seuil, coll. « La république des idées », 2009.
-  Beaud Stéphane, 80 % au bac… et après : Les enfants de la démocratisation scolaire, La Découverte, 2002.
-  Beaud Stéphane, « »La fac, c’est moins pire que je croyais  . Sur certaines contradictions de l’université d’aujourd’hui », La Revue du Mauss, 2006/2, p. 323-333
-  Beaud Stéphane, Pialoux Michel, Les bacs pro à l’université. Une quête de réparation sociale ? Rapport au MEN, 2001.
-  Bodin Romuald, Orange Sophie, L’université n’est pas en crise. Les transformations de l’enseignement supérieur : enjeux et idées reçues, Croquant, 2013.
-  Bodin Romuald, Millet Mathias, « L’université, un espace de régulation. L’ »abandon« dans les premiers cycles à l’aune de la socialisation universitaire », Sociologie, vol. 2 (3), 2011, p. 225-242.
-  Bourdieu Pierre, Passeron Jean-Claude, La reproduction. Élément pour une théorie du système d’enseignement, Minuit, 1970.
-  Bourdieu Pierre, La Noblesse d’État. Grandes écoles et esprit de corps, Minuit, 1989.
-  Casta Aurélien, Un salaire étudiant. Financement et démocratisation des études, La Dispute, 2017.
-  Chauvel Louis, « La seconde explosion scolaire : diffusion des diplômes, structure sociale et valeur des titres », Revue de l’OFCE, n° 66, 1998.
-  Convert Bernard, « Des hiérarchies maintenues : espace des disciplines, morphologie de l’offre scolaire et choix d’orientation en France, 1987-2001 », Actes de la recherche en sciences sociales, 149 (4), 2003, p. 61-73.
-  Coulangeon Philippe, Les métamorphoses de la distinction. Inégalités culturelles dans la France d’aujourd’hui, Grasset, « Mondes vécus », 2011.
-  Durkheim Émile, L’Évolution pédagogique en France, Puf, 1990.
-  Hugrée Cédric, « Les classes populaires et l’université : la licence… et après ? », Revue française de pédagogie, 167, 2009, p. 47-58.
-  Hugrée Cédric, « Le Capes ou rien ? Parcours scolaires, aspirations sociales et insertions professionnelles du »haut« des enfants de la démocratisation scolaire », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 183, 2010, p. 72-85.
-  Lahire Bernard, « Les manières d’étudier », Cahiers de l’OVE, La documentation française, 1997
-  Millet Mathias, « Milieux populaires (Scolarisation des élèves des) », in Agnès Van Zanten ; Patric Rayou (dir.) Dictionnaire de l’éducation, Presses universitaires de France, 2017, p. 606-612.
-  Millet Mathias, Moreau Gilles, La société des diplômes, La Dispute, 2011.
-  Piketty Thomas, « Budget 2018 : la jeunesse sacrifiée », consulté le 3 février 2018.
-  Rochex Jean-Yves, « Échec scolaire et démocratisation : enjeux, réalités, concepts, problématiques et résultats de recherche », Revue suisse des Sciences de l’Éducation, n° 2, 2002, 339-356.
-  Soulié Charles, « L’adaptation aux »nouveaux publics« de l’enseignement supérieur : auto-analyse d’une pratique d’enseignement magistral en sociologie », Sociétés Contemporaines, n° 48, 2002.
-  Terrail Jean-Pierre, « Réussite scolaire : la mobilisation des filles », Sociétés contemporaines, n° 11-12, 1992, p. 53-89.
-  Verret Michel, Le temps des études (Thèse de sociologie soutenue à Paris V, 1970), Champion, 1975.

Pour citer cet article :

Stéphane Beaud & Mathias Millet, « La réforme Macron de l’université », La Vie des idées , 20 février 2018. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-reforme-Macron-de-l-universite.html

Nota bene :

Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article, vous êtes invité à proposer un texte au comité de rédaction (redaction@laviedesidees.fr). Nous vous répondrons dans les meilleurs délais.

22/02/2019

FranceWebAsso & PoissySmartCity. Travailler ensemble.Compétences clés pour le consensus.Consensus en grands groupes.Un organigramme de consensus..

2 maini.jpgfrancewebeglobal-avec-vous3.jpgDipl.Ing.StefanV.Raducanu veille pour vous: économie,technologie, societal,Je pense que je peux donner de l'énergie aux gens grâce à ce que je fais.,UNE VAGUE D'INSPIRATION, le défi français. Le portail KM personnalisé

"C'est notre valeur ajoutée : les utilisateurs découvrent de cette manière des contenus sur lesquels ils n'auraient pas forcément cliqué"

Dans le monde avec ''MyNewsCenterNavigator''

Je suis pisciacais, français,  citoyen du monde

« je ne suis pas très partisan des spéculations immenses, des contemplations éternelles. Je n’ai pas le temps. Je travaille par quinzaines. Je m’attache au présent. Il en vaut la peine »

Pour Péguy, « la révolution sociale sera morale ou ne sera pas ». Cette révolution doit passer par une conversion personnelle et, de proche en proche, il sera possible de lutter contre le mal. En offrant à chaque lecteur, membre de cette cité terrestre, des pans de vérité et de réalité, notamment par des documents bruts, en mettant en lumière les injustices à combattre, Péguy veut amener à ces conversions, sans conférer à ce mot une acception religieuse. Le format de la revue est adapté à ce projet. Par son caractère collectif, elle forme communauté, même si au fil du temps l’œuvre personnelle de Péguy nourrit de plus en plus exclusivement les Cahiers. La périodicité – la quinzaine – est tout aussi essentielle. Elle suit le cours de l’événement qui est notre maître intérieur, selon la formule d’Emmanuel Mounier. Cette méthode consiste à s’insérer dans l’actualité pour faire affleurer les structures profondes du monde tel qu’il est. Elle fait de Péguy ce que J. Julliard, reprenant Maurice Clavel, appelait un « journalisme transcendantal ».

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Global4.gifmegaphone-clip-art-9cp4KXRcE.jpegRegardez avec moi

Imaginez ce que nous pouvons faire ensemble

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Créateur des espaces de travail collaboratif , assurant la communication des exposants et partenaires, FranceWeb illustre la volonté du Réseau.

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Produire de l’intelligence collective au bénéfice de l’économie sociale et de la vie associative et impulser les changement nécessaires par l’évolution de notre société.

Ce site est destiné à ceux qui, comme CAMUS, veulent comprendre au lieu de juger. Il veut aussi faire honneur au génie français qui a donné naissance à cette trilogie sublime, à cette prodigieuse utopie humaine qui, encore aujourd'hui, fait rêver le Monde: "liberté, égalité, fraternité".

S’exprimer, rêver à un monde meilleur n’est pas interdit. Encore faut-il communiquer avec les autres pour que ce rêve ait une chance de convaincre, de devenir un jour réalité.

PoissySmartCity,: il existe à Poissy une volonté pour concrétiser nos projets, grâce à un esprit collectif au service d'une vision de la ville. Et chacun est à sa place. C'est l'expression directe tout simplement. Nous devons assumer cette réalité, cette attente, ce besoin de proximité. 2019 doit être une année où nous retrouvons nos repères , où il nous faut imaginer à nouveau un projet ensemble dans le respect de la diversité démocratique.

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Groupe d'intérêts.jpgPour Vous et avec Vous!

Un projet ambitieux, humain, imaginatif, hors normes, réunit 3 pôles est sera tourné vers une approche de bien-être collectif et individuel, grâce à son architecture, à l'intégration de la nature et aux services proposés. Laisser les groupements d'opérateurs faire preuve d'imagination. Même s'il s'agit d'un exercice difficile, nous invitons les groupements à laisser libre cours à leur imagination tout en leur demandant d'intégrer ce modèle de société.

A la rencontre d’initiatives positives au niveau humain, économique, culturel, technologique… 

« Avec cette grande campagne, nous souhaitons donner un coup de projecteur sur les aspects positifs de notre vie quotidienne en donnant vie à l’optimisme et au bonheur, des valeurs auxquelles FranceWeb aspire depuis 17 ans. Nous ne pouvons pas changer le monde mais nous pouvons encourager les lecteurs à croire en de meilleurs lendemains. Là est toute la promesse de cette nouvelle campagne. Cette signature sera récurrente tout au long de l’année 2019 » rappelle Stefan Raducanu, Président  FranceWeb.

Ne me regardez pas ! Regardez avec moi !

FranceWebBack>>Dipl.Ing.StefanV.Raducanu et ses créations:FranceWebBack,FranceWeb,e-GlobalNetWork®,FranceWebAsso,PoissySmartCityWebCitoyen,IDF,3B,SocSav21,MySelTab,SRU-Electronics, FranceWebSharing,MyNewsCenterNavigator,>MADE IN HUMANITY>OnlyOneWorld>

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"Un pour Tous".."Tous pour Un".."Chacun pour Soi"

Pour vous, nous avons conçu un Réseau d'échanges et de savoirs, vous proposant un mode de collaboration, plus pertinent et efficace, capable de s'adapter à votre entreprise, votre fonction et vous.

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POUR LA CONTRIBUTION AU MIEUX-ETRE COLLECTIF ET GLOBAL,

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 Sa devise « Pour Vous et avec Vous» est un projet de développement durable conçu à l’échelle des territoires ou des régions, chaque membre mettant son expérience, ses connaissances au profit de l’ensemble, afin d’augmenter la richesse de chacun. SocSav21 portera sur les moyens mobilisés par les acteurs de la société civile pour participer au débat et à la décision publics, ainsi que sur les dispositifs de concertation mis en œuvre par les pouvoirs publics.

Seront ainsi successivement abordées les causes environnementales, familiales, consuméristes, humanitaires, générationnelles, scolaires, sanitaires, féministes et la défense des libertés. 

Enrichir les compétences de chacun, susciter le goût d'entreprendre. Préparer le capital humain dans l'économie de la connaissance est primordial au siècle des réseaux.

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Le développement durable FRANCE WEB est avant tout un apprentissage du partage des savoirs et des pouvoirs. Les TIC permettent de faire communiquer entre elles des disciplines, des associations, des organismes qui ont du mal à connecter, dans une même toile de sens "développement durable", des initiatives qui nous semblent naturellement devoir se rencontrer dans une même vision d’interdépendance.

Avec le n°1 mondial de la collaboration en ligne

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FRANCEWEB propose des services grand public, communautaires et personnalisés.

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Venez nous rejoindre. C’est encore plus facile ensemble !

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S’adapter, adapter et faire adapter, tels sont les mots d’ordre du nouveau contexte. Dans cette évolution, c’est le monde qui se transforme lentement mais sûrement en interface généralisée au numérique.

ACCESSIBILITE, MOBILITE, ET SMARTCITY

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Mutualisons nos connaissances pour imaginer, créer et innover « Donnant-donnant » 

Les habitudes et les routines font gagner du temps, c’est certain. Bien rodées, c’est comme lire une carte routière, d’un coup d’œil, au lieu de suivre fastidieusement la route à prendre, d’un doigt hésitant en tournant la carte dans tous les sens.

1agld1r.gifCo-construction de la valeur des données de la Ville et à leur mise en commun. The Grid

ACCESSIBILITE, MOBILITE, ET SMARTCITY

"Action Cœur de ville n'est pas un simple instrument gouvernemental de plus, estime le maire Karl Olive. Il s'agit d'un dispositif intelligent qui repose sur un principe gagnant-gagnant et une véritable volonté de concertation avec les acteurs locaux, ce qui constitue notre mot d'ordre à Poissy, qu'il s'agisse de grands projet ou de dossiers plus modestes.Résultat de recherche d'images pour "POISSYSMARTCITI,LA VIE, LA VIE, LA VIE"

Tous, entrepreneurs de la connaissance

FranceWeb,Know why, Know who, Know where, Know what.

"The secret of the success"

Les hubs de contenu

“Fouille en dedans. C'est en dedans qu'est la source du bien et elle peut jaillir sans cesse si tu fouilles toujours.”

Collectivités territoriales et Développement Durable

Le principe de la compétence

Il y a une notion qu'on devrait enseigner massivement aux enfants : les bases de la géopolitique, à savoir la différence entre le hard power et le soft power. La période des croisades et autres djihads l'illustrerait à merveille. Un pays étranger ne procède pas nécessairement à votre invasion pour prendre le contrôle du votre, il peut aussi se débrouiller pour exercer une influence culturelle telle que vous finissez par adopter ses mœurs, ce qui facilite le commerce entre lui et vous. Car des mœurs découlent les lois, et c'est bien plus simple quand tout le monde suit les mêmes lois. Or il est tout de même assez évident qu'en matière de films (mythos, récits) et de science (épistémé) les USA font de leur mieux pour influencer culturellement la planète, dont notre pays.

Équicoaching : inspirer le management

Faire la tortue et pas le serpent à sonnette.

Se re traiter

Le savoir-être en entreprise #4

Le savoir-être en entreprise #5

Le savoir-être en entreprise #6

Collaboration et réseaux sociauxL'assertivité,

Les fondamentaux du processus de décision

Les huit étapes du processus de prise de décisions de l'entreprise

Quel est le processus de décision en entreprise

Relations Sociales Toute leur place, rien que leur place.

Le digital, une révolution sans précédent

Bon arrêt, bonne santé

Vous avez dit transition agile

Se libérer des croyances de l'Entreprise libérée #3

Se libérer des croyances de l'Entreprise libérée #4

Digitalisation RH chez Airbus

Servir l'épanouissement des collaborateurs

Le numérique au service de l’épanouissement professionnel

Est-ce le rôle des entreprises de faire le bonheur de leurs collaborateurs ? Certainement pas. 

Ont-elle une responsabilité concernant leur épanouissement ? Assurément !

Je pense que les entreprises qui réussiront demain sont celles qui sauront mettre en place une logique de prise en compte des aspirations individuelles pour prendre en compte les affinités, les modes de fonctionnement de chacun et adapter les modes de travail à chaque personnalité. (…) L’enjeu est de trouver le bon équilibre en créant les conditions pour un épanouissement professionnel plus important tout en servant les intérêts de l’entreprise. ” Emmanuel Copin, DRH de Malakoff Mederic, pour le Livre Blanc "Comment aider chaque collaborateur à prendre en main son épanouissement professionnel (grâce au numérique)"

Les 5 buts de l'engagement associatif

Il y a quelques années, de nombreuses entreprises ne voyaient pas l’intérêt ou éprouvaient des difficultés à impliquer ou engager leurs collaborateurs sur des actions d’intérêt général. Les choses ont bien évolué depuis, elles sont de plus en plus nombreuses à percevoir les effets positifs de telles collaborations. 88 % des entreprises considèrent ainsi l’association comme un partenaire légitime pour fédérer et mobiliser les salariés de l’entreprise autour d’un projet partagé. 

Combiner Business, Qualité de Vie et Technologies, l’exemple Canadien des transformations authentiques

Le Canada fait rêver beaucoup d’entre nous Français. Mais au-delà de rêves, de vies qui croisent l’histoire de France et la conquête de l’Amérique, la Canada est le premier pays au monde pour la facilité à entreprendre, l’un des tous premiers pour la qualité de vie, le premier pour la qualité des services publics (1).

Curieux de comprendre le modèle de nos amis canadiens, j'ai parcouru la Côte Est de Toronto (4ème ville d'Amérique, 6èmeplace financière mondiale) à Montréal (capitale mondiale de l’Intelligence Artificielle ou des jeux videos) en passant par Ottawa, siège des organisations fédérales. J'y ai rencontré plus de 40 organisations et interviewé plus de 80  dirigeants. 

Nous vous aidons à cultivez vos talents !

De nombreuses entreprises s’appuient sur la psychologie positive. Ainsi, les assessments, nombreux, servent à orienter plus qu’à éliminer. Comme chez IBM Canada,  le job design, c’est imaginer et trouver le job qui valorise vos talents, plutôt que de chercher un  candidat pour tenir un job prédéfini. Résultats : + efficace, + performant, + fidèle et + heureux. Chacun peut être leader dans son domaine d’excellence. Quel est le vôtre ?

Vos salariés font vos clients 

Vous connaissez ce best-seller « Les employés d’abord, les clients ensuite » de Vineet Nayar ? Eh bien chez Hydro-Québec, cela se traduit par exemple par le programme d’ambassadeurs « Fiers sur toute la ligne ». Chacun des 15 000 salariés dispose d’un numéro de téléphone dédié qu’il appelle en direct lorsque ses amis, parents et relations sont ennuyés par les prestations d’HydroQuébec ! J’ai fait récemment la connaissance d’un dirigeant d’une société d’assurance de 6500 personnes qui exerce les fonctions de « Directeur des ressources Humaines et des ventes » !

Vers le leadership d’influence

Les chefs indiens ne pouvaient décider de presque rien tout seul.  Point d’élite, d’ailleurs les colons français, même nobles étaient sans le sou… juste le Counsel of Wise Men pour décider. Aujourd’hui, le leadership est basé sur l’influence et le soutien de vos équipes. Votre job de leader, les soutenir ! Chez Postes Canada, les progrès sont plus importants que les résultats. Critère d’évaluation des leaders au Québec : l’esprit de corps. Evitez les guerres de chefs, sinon votre réputation et votre influence vont chuter…

Femmes d’affaires 

Savez-vous que les Chefs Indiens étaient choisis par les femmes, les « mères de clans ». Aujourd’hui les femmes d’affaires au Canada et au Québec ont une place pleine et entière, comme Lisa Fecteau, dirigeante de Regitex ou Lise Morissat, fondatrice de Stageline, une entreprise qui se déploie sur 50 pays et bien d’autres sont des leaders exceptionnels. Mon amie Geneviève Desautels publie prochainement « Femmes de tête ». Toutes sont aussi féminines qu’efficaces dans le business. C’est aussi bien avec le sourire, non ? 

Soyez fiers d’entreprendre !

« Proud of » en Ontario, « Fier membre » au Québec. La fierté est celle que confère l’engagement pour entreprendre. Il y a quatre ans, le gouvernement de l’Ontario a développé l’équivalent de notre « Parcours Sup », simplement avec les employés du gouvernement, agissant comme parents et citoyens, avec le seul soutien de l’équipe digitale du gouvernement. Résultat, 96% de taux de satisfaction dans le public, dès le premier déploiement ! Alors la fierté comme moteur ? Chez Royal Bank of Canada, avoir vécu un  échec est même un atout pour un candidat.

Diversité et inclusion 

25 ou 55 ans , vous serez reçu en entretien pour le même poste ? Dans les deux cas, seule votre performance vous différenciera dans la suite de votre parcours. Votre parcours, vous en êtes responsable, vous vous formez et certifiez pour cela. Couleur de peau ? 51% des Torontois et des Montréalais ne sont pas nés au Canada. La plupart sont reconnaissants de l’accueil qui leur a été réservé et de l’ascenseur social qu’ils ont pu attraper. Non, la véritable diversité à venir, c’est la « Diversity of Thoughts », la capacité à exprimer des points de vue différents, contraires, non pour détruire mais pour construire… 

La puissance de l’engagement sociétal

Chez TD Bank comme dans beaucoup d’organisations, la journée du bénévolat mobilise tous les salariés sur les sujets qu’ils souhaitent. C’est « talents for business for society ». Le Canada est le 2èmepays au monde pour le nombre de sociétés labellisées B-Corp ( certification très exigeante en termes de responsabilité sociétale complète, intégrant aussi notamment gouvernance, ancrage local et pratiques RH collaboratives). Alors les efforts réalisés, servent tout autant directement salariés, citoyens, clients, candidats : Quatre pour un. Après tout, ce sont souvent les mêmes, n’est-ce pas ?

Ces pratiques donnent une grande cohérence dans les méthodes pour aligner business, technologies et humain. Les coopérations Etat, Universités, Entreprises sont des modèles de jeu collectif !

Pour terminer, deux mots sur ce nous Français pouvons apporter au Canadiens, d’abord le droit social (eh oui, dans les compagnies syndiquées, c’est très utile. L’esprit critique et le management de projet sont très valorisés, dès lors qu’il ne s’agit pas de morgue. Et bien sur les mathématiques, atout n°1 pour l’IA et les data.

Vous trouverez de nombreux autres exemples en suivant le parcours de mon livre : « Cinq Etapes pour Transformer : Pratiques d’entreprises inspirantes, le voyage d’un DRH au Canada » qui relate cette aventure.

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“Fouille en dedans. C'est en dedans qu'est la source du bien et elle peut jaillir sans cesse si tu fouilles toujours.”

Prise de décision par consensus

un petit guide

La prise de décision par consensus est un moyen créatif et dynamique de parvenir à un accord entre tous les membres d'un groupe. Au lieu de simplement voter pour un élément et de laisser la majorité du groupe s'en sortir, un groupe de consensus s'est engagé à trouver des solutions que tout le monde soutient activement - ou du moins peut vivre avec. Cela garantit que toutes les opinions, idées et préoccupations sont prises en compte. En écoutant attentivement les uns des autres, le groupe cherche à proposer des propositions qui fonctionnent pour tout le monde.

Le consensus n'est ni un compromis ni l'unanimité - il vise à aller plus loin en réunissant les meilleures idées et les préoccupations les plus importantes de chacun - un processus qui aboutit souvent à des solutions surprenantes et créatives, inspirant à la fois l'individu et le groupe.

Nous avons également un guide plus long sur le consensus et vous trouverez de nombreux conseils sur la bonne marche de vos réunions de consensus dans nos différents guides sur la facilitation et les réunions . Nos documents de consensus et de facilitation sont également disponibles dans un format de livre pratique, disponible en format de poche, ebook et pdf .

Travailler ensemble

Un dialogue respectueux entre égaux est au cœur du consensus. Chaque personne travaille ensemble pour répondre aux besoins de l'individu et du groupe - travailler ensemble plutôt que pour ou contre l'autre, ce qui requiert ouverture et confiance.un oignon étant épluché - couches marquées veulent, veulent vraiment, ont réellement besoin

Le consensus cherche des solutions «gagnant-gagnant» qui soient acceptables pour tous - aucune décision ne sera prise contre la volonté d'un individu ou d'une minorité. Au lieu de cela, le groupe s'adapte aux besoins de tous ses membres. Si tout le monde est d'accord avec une décision, il sera beaucoup plus engagé à y arriver.

La prise de décision par consensus repose sur l’idée que les gens devraient avoir le plein contrôle de leur vie et que le pouvoir devrait être partagé par tous, pas seulement concentré entre les mains de quelques-uns. Il s'agit d'avoir la liberté de décider de son propre chemin dans la vie et le droit de jouer un rôle égal dans la création d'un avenir commun. C'est pourquoi il est largement utilisé dans les groupes œuvrant pour une société plus juste et équitable, tels que les petits groupes de volontaires, les coopératives et les réseaux de campagne.

Conditions du consensus

  • Objectif commun: Tous les membres du groupe doivent partager un objectif commun clair et être prêts à travailler ensemble pour l'atteindre. Déterminez ensemble quels sont vos objectifs et comment vous y parviendrez. Si des différences surviennent plus tard, revisitez l'objectif commun d'aider à centrer et à unir le groupe.
  • Engagement à parvenir à un consensus: Tout le monde doit être disposé à tenter vraiment le coup. Cela signifie être profondément honnête sur ce que vous voulez ou ne pas vouloir et écouter correctement ce que les autres ont à dire. Tout le monde doit vouloir changer de position, être ouvert aux solutions alternatives et pouvoir réévaluer ses besoins.
  • Confiance et ouverture: nous devons pouvoir faire confiance à tout le monde, partageant notre engagement en faveur du consensus, au respect de nos opinions et à l’égalité des droits. Ce serait un grave abus de confiance que les gens manipulent le processus de la réunion afin d'obtenir la décision qu'ils souhaitent le plus.
  • Cela consiste en partie à exprimer ouvertement nos désirs (ce que nous aimerions voir se produire) et nos besoins (ce que nous devons voir se produire afin de pouvoir appuyer une décision). Si tout le monde est capable de parler ouvertement, le groupe disposera des informations nécessaires pour prendre en compte la position de chacun et proposer une solution que tout le monde peut supporter.
  • Suffisamment de temps pour prendre des décisions et apprendre à travailler par consensus. Prendre le temps de prendre une bonne décision maintenant peut vous éviter de perdre du temps à consulter une mauvaise décision plus tard.
  • Processus clair: Il est essentiel de disposer d'un processus clair pour prendre des décisions et de s'assurer que tout le monde comprend bien comment cela fonctionne.
  • Participation active: par consensus, nous devons tous participer activement. Nous devons écouter ce que tout le monde a à dire, exprimer nos opinions et nos sentiments à ce sujet et rechercher de manière proactive des solutions qui incluent tout le monde.

La facilitation

Dans la plupart des réunions, il y a un ou plusieurs animateurs. Leur rôle est de s'assurer que les tâches de la réunion sont accomplies: que les décisions soient prises et mises en œuvre. Ils aident également le groupe à travailler de manière harmonieuse, créative et démocratique.

Les animateurs peuvent prendre des mesures pour que la réunion soit ciblée ou s’assurer que quelques personnes ne dominent pas la discussion. Ils pourraient suggérer une pause quand les gens sont fatigués; ils auraient peut-être préparé un programme et un processus qui aideront le groupe à atteindre ses objectifs.

Les facilitateurs ne devraient pas avoir plus de pouvoir que

quiconque et devraient rester neutres sur les questions en discussion. Ils ne sont pas là pour faire toutes les propositions et décider des choses pour un groupe. Ils ne peuvent faire leur travail qu'avec le soutien et la coopération de tous.

Si un petit groupe ne donne à personne le rôle de facilitateur, alors tout le monde peut être responsable du bon déroulement du processus de la réunion.

Le processus de prise de décision

Le diagramme ci-dessous montre l'évolution d'une discussion au cours du processus de consensus. Au début, cela s’élargit à mesure que les gens apportent des points de vue et des idées différents au groupe.

Cela fournit le matériel nécessaire pour une discussion de grande envergure qui explore toutes les options et aide les gens à comprendre les préoccupations de chacun. Cela peut être une étape turbulente et parfois difficile - les gens peuvent être aux prises avec de nombreuses idées contradictoires ou contradictoires - mais c'est la partie la plus créative, alors ne perdez pas courage!

Ensuite, le groupe procède à la synthèse d'une proposition. Cela signifie trouver le terrain d'entente du groupe, écarter certaines idées et combiner tous les éléments utiles en une seule proposition. Enfin, si le groupe accepte une proposition, une décision est prise et appliquée.

diagramme montrant comment une discussion s'ouvre, a une phase intermédiaire, puis est synthétisée en une proposition

Un organigramme de consensus

Il y a beaucoup de façons différentes de parvenir à un consensus. Ce modèle décrit les étapes communes et fonctionnera bien avec environ 20 personnes.

consensus flowchart

Accord et désaccord

Au stade de la décision, les personnes ont plusieurs options:

Accord avec la proposition.

Réservations: vous êtes prêt à laisser la proposition aller de l’avant mais vous voulez que le groupe sache que vous n’êtes pas satisfait. Vous pouvez même consacrer de l'énergie à la mise en œuvre une fois que vos préoccupations ont été reconnues.

Debout de côté: vous voulez vous opposer mais ne pas bloquer la proposition. Cela signifie que vous n'aiderez pas à mettre en œuvre la décision, mais que vous souhaitez que le groupe aille de l'avant. Vous pouvez rester à l'écart parce que vous êtes en désaccord avec la proposition, ou vous pourriez aimer la décision mais ne pas être en mesure de l'appuyer parce que vous n'avez ni le temps ni l'énergie.

Le groupe peut être heureux d’accepter la position réservée et de continuer, ou de travailler sur une nouvelle proposition, en particulier s’il ya plusieurs mises de côté.

Un blocage empêche toujours une proposition d’avancer. Cela exprime une objection fondamentale. Ce n'est pas " je n'aime pas vraiment ça" ou "j'ai mieux aimé l'autre idée." Cela signifie que vous ne pouvez pas vivre avec la proposition. Le groupe peut soit commencer à travailler sur une nouvelle proposition, soit rechercher des amendements pour surmonter l'objection.

Dans un processus consensuel idéal, un blocage ne se produirait pas car toute préoccupation majeure concernant une proposition devrait être traitée avant l'étape de la décision. Cependant, parfois, les personnes ne peuvent pas exprimer leurs préoccupations avec suffisamment de clarté ou ne sont pas entendues par le groupe. Dans de telles situations, le blocage agit comme une sauvegarde pour garantir que les décisions sont prises en charge par tous.

Pouvoir bloquer est une partie intégrante du consensus, mais cela implique une grande responsabilité. Un bloc empêche les autres de faire quelque chose qu'ils aimeraient faire et ne devrait donc être utilisé que si de graves problèmes ne sont pas résolus.

Assurez-vous que tout le monde comprend les différentes options pour exprimer un désaccord. Souvent, les gens sont confus et bloquent quand ils seraient vraiment heureux de rester à l'écart. Parfois, les gens ont peur du blocage, même s'ils sont profondément mécontents et utilisent plutôt une forme de désaccord plus modérée.

Lignes directrices pour parvenir à un consensus

  • Si vous ne comprenez pas quelque chose, n'ayez pas peur de le dire.
  • Soyez prêt à rechercher la solution qui convient le mieux à tout le monde, et pas seulement à ce qui est le mieux pour vous. Soyez flexible et prêt à donner quelque chose pour parvenir à un accord.
  • Aidez à créer une atmosphère de respect et de confiance. Personne ne devrait avoir peur d'exprimer ses idées et ses opinions. Rappelez-vous que nous avons tous des valeurs, des antécédents et des comportements différents et que nous sommes bouleversés par différentes choses.
  • Expliquez clairement votre position. Soyez ouvert et honnête sur les raisons de vos points de vue. Exprimez vos préoccupations dès le début du processus afin qu’elles puissent être prises en compte dans toute proposition.
  • Écoutez activement ce que les gens essaient de dire. Faites un effort pour comprendre la position de quelqu'un et ses besoins, préoccupations et émotions sous-jacents. Donnez à chacun un espace pour terminer et prenez le temps de considérer son point de vue.
  • Réfléchissez avant de parler, écoutez avant de vous objecter. Écoutez les réactions des autres membres et examinez-les attentivement avant de faire valoir votre point de vue. La retenue est essentielle dans un consensus - parfois, le plus grand obstacle au progrès est l'attachement d'un individu à une idée. Si une autre proposition est bonne, ne compliquez pas les choses en s'y opposant simplement parce que ce n'est pas votre idée préférée! Demandez-vous: "Cette idée fonctionne-t-elle pour le groupe, même si je ne l'aime pas du tout?" ou "Est-ce que celui que nous choisissons importe?"
  • N'ayez pas peur du désaccord. Le consensus ne veut pas dire que nous pensons tous la même chose. Les divergences d’opinion sont naturelles et prévisibles.
    Les désaccords peuvent aider le groupe à prendre une décision, car avec un large éventail d’informations et d’opinions, le groupe aura plus de chances de trouver de bonnes solutions. Un consensus facilement atteint peut masquer le fait que certaines personnes ne se sentent pas suffisamment en sécurité ou en confiance pour exprimer leurs désaccords.

Compétences clés pour le consensus

Écoute active: Lorsque nous écoutons activement, nous suspendons nos propres processus de pensée et accordons toute notre attention à l’orateur. Nous faisons un effort délibéré pour comprendre la position de quelqu'un, ses besoins, ses préoccupations et ses émotions.

Résumer: Un résumé succinct et précis de ce qui a été dit jusqu’à maintenant peut vraiment aider un groupe à prendre une décision. Décrivez le terrain d'entente émergent ainsi que les différences non résolues: "Il semble que nous soyons presque parvenus à un accord sur cette partie de la proposition, mais nous devons explorer davantage cette partie pour répondre aux préoccupations de chacun". Vérifiez auprès de tout le monde que vous avez bien compris.

Synthèse: trouvez le terrain d’entente et les liens entre des idées apparemment divergentes et associez-les pour former des propositions. Concentrez-vous sur les solutions qui répondent aux besoins fondamentaux et aux préoccupations clés des membres du groupe.

Consensus en grands groupes

Dans les grands groupes, il est judicieux de déléguer des problèmes à des groupes plus restreints, tels que des groupes de travail ou des groupes locaux. Cependant, parfois, les problèmes seront si importants qu'ils devront être discutés et décidés par tous. Cela se fera souvent dans le cadre d'un conseil de concert, ce qui permettra à des centaines et des milliers de personnes de travailler ensemble par consensus de manière efficace.

Lors d'un conseil de conférence, la réunion est scindée en petits groupes, qui commencent par discuter du ou des problèmes afin de formuler des préoccupations et des idées. Les porte-parole (délégués) de chaque groupe se réunissent ensuite en conseil pour faire remonter ces pensées.

Le conseil de la parole utilise ces informations pour créer une ou plusieurs propositions. Celles-ci sont à nouveau discutées dans les petits groupes pour vérifier les modifications et les accords éventuels. Les résultats de ces discussions sont portés à la connaissance du conseil des ministres, qui devrait être en mesure de confirmer l'accord ou d'élaborer de nouvelles propositions pour la suite des discussions. De cette façon, le pouvoir de prendre des décisions appartient fermement aux petits groupes, pas aux rayons.

Discours de Fishbowl

Les groupes sont assis dans un cercle extérieur autour des rayons.

diagramme montrant les rayons en cercle, avec leurs groupes assis derrière eux

Cela rend les rayons plus responsables et réduit la nécessité de répéter les informations.

Les petits groupes sont souvent basés sur des groupes préexistants tels que des équipes de travail, des groupes locaux ou des groupes d'affinité. Alternativement, un grand groupe de personnes peut se scinder aléatoirement en petits groupes.

Le rôle du rayon est de restituer des informations entre le petit groupe et le conseil des représentants. Le rayon a besoin d’être la voix de tous les membres du petit groupe, en communiquant l’ampleur de la pensée collective plutôt que leur point de vue personnel. Être le porte-parole implique beaucoup de responsabilité pour représenter les informations avec précision et non pour manipuler le processus.

Généralement, les rayons ne prennent pas de décision pour leur groupe mais vérifient toujours l'accord avant qu'une décision ne soit finalisée. Cependant, un petit groupe individuel peut habiliter ses interlocuteurs à prendre des décisions dans les limites de paramètres convenus.

Faire la rotation du rôle d’intervention d’une réunion à l’autre est une bonne idée, tout comme d’avoir deux porte-parole, l’un présentant les points de vue et les propositions de leur petit groupe, l’autre prenant des notes sur ce que les autres groupes ont à dire. Cela permet de s’assurer que les idées ne sont pas perdues ou mal représentées.

Pourquoi de petits groupes? Certaines personnes ne voient pas la nécessité de se scinder en petits groupes - elles veulent entendre toute la discussion et faire en sorte que tous les autres entendent leur point de vue. Cependant, les grandes réunions plénières rendent très difficile la participation de tous - il n’ya pas assez de temps pour tout le monde et beaucoup de gens se sentent trop intimidés pour parler devant des centaines de personnes. La scission en petits groupes crée des espaces de travail plus sûrs et plus dynamiques, inclut plus de personnes et fait gagner beaucoup de temps. De petits groupes peuvent également permettre que plusieurs tâches soient effectuées en parallèle.

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